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OaTjett** itit^ 




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JjvaieB VO ^EL *J>fnectêvr t 




CONDÉ NAST, Publldher 

70 Wcàt 44 th. Street 

NEW- YORK U. S. A. 



PARIS 
LES ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 



LONDON 
tut? j?Tvrr» j>P7?çç r.a 



GENÈVE 



A : CA 



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-Les Couturiers cités ci -dessous par 
ordre alphabétique ont contribué à londer 
cette vj-azette, ou lui apportent, en outre, 
avec leur collaboration, laide de leurs 
conseils. 



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_^*^_p«^, ^g^j?*^ ^j^^^-j^w^ .^rç-jP*^ ^srqj-ptv, ^rt^-ytv^ ^to^**-. ^xt^p***. 



SOMMAIRE DU NUMERO 4 

JMai 1920 3 e Année 

DERNIÈRES VOITURES Robert BURNAND. 

Dessins de Jacques BRISSAUD. 
VOUS AVEZ VU... CETTE PETITE... (Horé-lexte) .... par SIMEON . 

i83o Emile HENRIOT. 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

PSYCHOLOGIE DE LA PARURE Georges- Armand MAS S ON. 

Dessins de BENITO. 

LA DÉCOUVERTE DE L'ILE TORQUATE, DE SON INFLUENCE 
SUR LES TRADITIONS DU DANDYSME DANS LES VIEUX 
PAYS PIERRE MAC-ORLAN. 

Dessins de Ch. MARTIN. 

LA BELLE TORQUATIENNE (Hors-texte) par Ch. MARTIN. 

MANTEAUX POUR LA MER ET LAUTO Gérard BAUËR. 

Dessins de ZYG-BRUNNER. 

RONFLONFLONS Marcel ASTRUC. 

Dessin, de BENITO. 

LE POISSON DARGENT (Hors-texte) par Maurice LEROY. 

RAPPORT DE M. D'HOZIER, JUGE GÉNÉRAL DARMES DE 
FRANCE, A S. E. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE 
FRANÇAISE, SUR LA NÉCESSITÉ PRESSANTE DE FAIRE 
ENTRER DANS LA NOBLESSE MM. LES NOUVEAUX ROUÉS 
DE LA FORTUNE Jean de BONNEFON. 

Dessins de LORIOUX. 

CHILDREN'S CORNER LOUIS-LÉON MARTIN. 

Dessins de MAGGIE SALZEDO. 

PLANCHES HORS-TEXTE 

LA FLEUR D'OR. — Robe du soir, de Wortb par ZYG-BRUNNER. 

RENTRONS. — Robe de plage, de Béer par Pierre BRISSAUD. 

CENDRILLON. — Robe du soir, de Dœuillet par André MARTY. 

LA FÊTE EST FINIE. — Robe d'organdi et robe de fillette, de Jeanne Lanvin. 

par Pierre BRISSAUD. 

MIRAGE. — Robe du soir, de Paul Poiret. ....... par MARIO SIMON. 

ROBES POUR L'ÉTÉ 1920. — (Panorama de onze croquis hors-texte). 

par Raoul DUFY. 




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THÉÂTRE, BALLETS 

et 

DIVERTISSEMENTS 

par 

Georges LEPAPE 

Ce premier Recueil est composé de 24 Planches tirées en phototypie 
et coloriées au patron, contenues dans un cartonnage d'un goût char- 
mant. Chaque planche reproduit le dessin d'un des costumes 
imaginés par l'artiste pour Le Ballet deà Marionnelleà et le spectacle de 
L'Enfantement du Mort. 

Prix du Recueil avant la parution : J& francs 



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Éditeur de : 

Modes et Manière* d'Aujourd'hui (1912-1914) 
La Guirlande deà Mois (1917-1920) a □ 
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two exquisite 
of taffetas with 



The élégance of some French Mondaine in bygone days is suggested bj thèse 
créations, designed by two of the Bon Ton couturiers. The toilette to the left is 
glorious embroideries of red, green, yellow mingled with gold thread. To the right is a tulle gown 
beaded with crystal rings of black, grey and white over a sheath foundation of satin. Our evening 
gowns set the fashion at every social function of importance. 

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Au théâtre, comme à la ville, les créations 
Técla encadrent la beauté d'une femme. 




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7 OLD BOND STREET, LONDRES 
3 9 8 FIFTH AVENUE, NEW -YORK 








D 



V 



ernieres 



Voi 



tures 




ANS l'air transparent du jeune printemps, j'ai pris 
une joie fervente à me retrouver avenue de l'Im- 
pératrice et à promener mon rêve dans l'allée 
sacrée, entre la porte Dauphine et l'avenue 
*'/?// K^fllô Malakofî. Un joli soleil tout neuf riait aux yeux 
des |femmes : sous les tendres frondaisons, se déroulait une 
guirlande d'adorables toilettes, et j'ai compris que s'il est, 
dans la vie, des plaisirs enEévrés, de folles ivresses, des 
enthousiasmes, du lyrisme, il n'est pas de joie plus délicate, 
plus subtile, qu'à monter et descendre l'Avenue du Bois entre 
onze heures et midi et demie. C'est là que, tous les jours, 
se manifeste la beauté éternelle. Le rite de la promenade quo- 
tidienne y a quelque chose d'impérieux, à quoi des initiés ne 
sauraient faillir. Je connais une jeune femme charmante, illo- 
gique par ailleurs et délicieusement fantaisiste, qui m'a dit 
gravement : " Je suis très courageuse, je vais au Bois tous 



Copyright Mal 1920 by Lucien Vogel. Parla 




les matins ". Ainsi, 
elle avait conscience 
d'exercer son devoir 
social, en apportant 
à la foule obscure 
l' enchantement de 
sa beauté. Mais il 
n'est pas que les 
femmes, et les toi- 
lettes, et les autos 
pour enchanter nos yeux. Des grâces archaïques subsistent, 
qui nous ravissent. 

Ainsi des voitures, et des chevaux. Croit-on que l'on 
goûterait pleinement le spectacle du Bois, si, à côté de la foule 
étincelante des autos, ne passaient encore, sur le sable doré de 
l'allée cavalière, des pur-sang, des irlandais au souple galop 
rassemblé, et de merveilleuses amazones? Dieu me garde de 
jouer les barbons, mais que les autos sont donc banales et 







lourdes et imperson- 
nelles auprès des 
beaux carrossiers 
qui steppent! 

Le moyen, je 
vous prie , chère 
amie, de donner à 
sa limousine un petit 
cachet à soi? Quel- 
ques fleurs rares 
dans un porte-bouquet, un berger de Malines sur le siège, et 
votre parfum imprégnant les coussins? C'est pitié : au lieu qu un 
noble attelage, au trot rythmé, mais point rapide à l'excès, laisse 
à chacun le loisir de vous admirer, ce qui importe avant tout. 

De deux choses l'une : ou l'auto est fermée et que verra-t-on 
de vous, derrière les glaces? Un bout de visage, le haut d'une 
robe : autant dire rien. Ou l'auto est ouverte, et vous voilà 
contrainte aux écharpes, aux voiles, au redoutable manteau 





i o3 



de laine. Tandis que dans une victoria, vous vous en irez, 
bercée à souhait, à écouter le bruit alterné des sabots 
sur le pavé, que je préfère aux borborygmes des plus 
puissants moteurs. Croyez-moi, toutes les Rolls Royce de la 
terre ne valent pas ce phaéton du haut de quoi l'on se sent 
le souverain du monde, ni ce tonneau que conduit, les rênes 
hautes, une petite femme en tailleur clair. Elégances d'autrefois, 
grâces désuètes, gourmettes éblouissantes, harnais au miroir, 
œillets rouges au frontal... Qu'il est donc charmant, quand on 
conduit soi-même, d'arrêter sa voiture pour saluer une blonde 
amie ! Qu'il est beau de maintenir en un geste puissant un atte- 
lage qui s'impatiente, et de ponctuer d'aimables propos par 
mille arabesques tracées au fil du fouet ! 

Sous la lumière légère, les voitures filent, se croisent, 
passent et repassent, et les rayons des roues lancent mille feux. 
Devançant un tandem dont le cheval de flèche esquisse un 
petit one step, un fox s'acharne à la fuite aérienne d'un oiseau. 

Et quand luira le grand soleil de juin, dans l'apothéose 
des drags, les mails défileront l'un après l'autre, offrant 
à l'admiration du populaire les joues gonflées du valet 
qui sonne de la trompette, semblable à l'une de ces 
divinités marines sculptées à la poupe des vaisseaux du Roi. 



Robert Burnand. 




104 




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ciwr^ËfiFfB 



Robe de promenade en Parqueéine de Rodier 



Gazette du Bon Genre. — N° 4 



Mai 1920. — PI. 24 







( tfe'^ 



i83o 

^'est la mode nouvelle, Mesdemoiselles. Vous porterez 
des pantalons dorénavant ; et afin que nul n'en ignore, ces 
pantalons seront si longs, si longs, qu'on les verra dépasser le 
bas de votre jupe. Ils tomberont tout droit, comme ceux qui 
vous amusaient tant naguère, autour des jambes de vos 
poupées ; et naturellement ils seront faits de la batiste la plus 
fine, du plus délicat "voile- triple", impalpables comme le nuage, 
avec une ruche, des plissés, de la dentelle. Ainsi culottées, 
vous donnerez à rire à vos amis, et le plus savant (s'il s'en 
trouve) vous fera rougir, dans les coins, en vous rapportant 
la raison pour laquelle, aux environs de 1825, Monsieur le 
vicomte Sosthène de La Rochefoucauld, alors surintendant 
des beaux arts, prit gravement un arrêté qui obligeait les 



io5 




danseuses de l'Opéra 

à porter sous leur tutu 

des pantalons pareils 

aux vôtres, qui leur 

devaient descendre 

jusqu'aux pieds. — 

L'Histoire ne dit pas si 

l'Opéra fit ses affaires 

cette année-là. Mais 

on en doute. 

Vous mettrez donc 

des pantalons — par 

romantisme. Et vous voyant de cette sorte, le charmant 
Frago n'aurait certes plus l'idée de Y Escarpolette. 
Mais croyez-vous que ce petit détail de lingerie 
intime soit suffisant pour vous faire ressembler à 
l'aïeule de votre grand'mère? Il vous faudra 
aussi changer de nom, Simone, Francine, 
Lucienne : et pour être tout à fait à la mode, 
vous appeler Adélaïde, Ondine, Eléonore, 
Mélanie, Clotilde, ou Alida. Vous coifferez vos 
beaux cheveux en torsade et en vague, avec de 
hauts chignons, des coques, des anglaises. Au- 
dessous de vos épaules désormais tombantes 
vous porterez de vastes manches à gigot, et 
jusqu'à vos chemises de nuit en devront avoir. 
Vous troquerez vos gentils chapeaux si com- 
modes, qu'on enlève et met en un tournemain, 
contre de larges capelines, et même il vous 
faudra coiffer la toque à créneaux, nouer à votre 
cou le fichu, le châle, la berthe et le voile de 




106 



blonde, consentir à porter tablier, joindre une aumônière à 
votre ceinture ; et au lieu de perles, adopter quelque simple 
collier de corail. Vous vous trouverez dans l'obligation 
d'agrafer votre corsage à pointe avec une grosse broche où 
figurera un énorme et pesant camée. Enfin, 
il conviendra que l'on vous fasse un trou 
dans le lobe charmant de l'oreille, afin d'y 
suspendre un raccourci de lustre, qui sera 
fait de cristal ou de jais. Et ce sera le comble 
de l'horreur. — Quant à la couleur de vos 

robes, vous n'aurez 
que le choix entre 




TA. 



ces bizarres nuan- 
ces : eau du Nil, 
souris effrayée, 
araignée méditant 
un crime, puce rê- 
veuse, et fumée d'enfer. Vous aurez 
des turbans Sylphide, des écharpes 
en taffetas Vague du Danube ; vos 
gants seront vert arrosoir, et votre 




107 



bonne répondra au doux prénom médiéval de Gertrude 
ou de Malvina. 

Seulement voilà, Mesdemoiselles : il vous manquera 
quelque chose pour être tout à fait gothiques à la mode de 
M me Lafarge... Il vous manquera d'être poitrinaires, car 
il n'est pas de romantisme sans pâleur. Or, cette damnée 
époque où nous vivons a quelque chose d'assez bon : elle 
a découvert la santé. Votre teint est rose, Fabienne ; et vous, 
Maggy, quand vous courez, votre jupe courte et favorable 
au sport laisse voir une jambe ronde, musclée, solide; vos 
joues sont drues comme les pêches de plein-vent. C'est le 
tennis, le golf, le cheval et l'automobile, le footing au Bois, 
le luge à Chamonix, la nage à Deauville, qui vous ont fait 
ces belles couleurs, cette chair saine à 

l'aspect comesti ÉS&. ble '> et comme un 

sang qui circule 1r~*r ^ en ne ^ s P ose a 

aucune vapeur, ^J\ vous avez l'esprit 

le plus positif qui /"^T/// ^v /J$T\ se puisse imaginer; 
on ne vous la fait l *~/^jp — "^ff (Â P as au sent i men t, 
et dans votre petit /^gj^^i If cœur raisonnable 
et bien accroché, Ar j \ y il n'y a plus de 

place pour la moin / \ dre mélancolie. La 

dôdôdperanza n'est / \ pas votre fait. 

Vous en prendrez / \ votre parti. 

Emile Henriot. 




108 




PS 



PARURE 




ÉMY de Gourmont assure que l'âme et la cheve- 
lure sont toujours de la même couleur. On 
pourrait trouver entre le cœur d'une femme 
et la robe qu'elle choisit, une corrélation non 
moins vraisemblable. J'ai souvent rêvé de 
dresser la table de ces rapports psychovesti- 
mentaires, si j'ose ainsi parler. C'est un de 
ces chers projets dont tout Fagrément est en ceci, qu'on ne 
les réalisera jamais. Il y aurait pourtant, sur ce thème de 
mathématique sentimentale, un bien 
aimable opuscule à écrire, 
pourrait être édité, sur papier 
cuisinière, dans cette collection ( 
la Clé deé Songej est le très docte 
ornement : «r Lie Caractère dévoilé 
la parure ». 



Tout, dans l'art de la 
toilette, n'est qu'aveu et 



Ldont 




109 




qu'allusion. L'étofïe de la robe 
interprète la femme ; la parure 
est une confidence supplémentaire. 
Ce n'est pas sans dessein que 
Simone a fait coudre au poignet 
de ses gants ce même 
effilé qui décore le 
satin de son chapeau. 
Simone a ses raisons 
que notre raison ne 
connaît pas. Si nous 
ne comprenons pas 
toujours le bavardage des dentelles et les indiscrétions du 
taffetas, la faute en est à l'infirmité de notre entendement. 
Sherlock Holmes, ayant examiné le petit doigt d'une dactylo, 
déterminait sans hésiter, et la marque de sa machine et 
l'âge du marchand. Si nous apportions à ces investigations 
la sollicitude convenable, nous devrions, au seul aspect du 
gant que nous baisons, nous estimer renseignés sur le 
caractère de notre visi- 
teuse, le grain de sa peau, 
le goût de sa bouche. 

On a tort d'assigner à 
la mode les caractères du 
hasard. Dans 
l'art de la toi- 
lette, comme 
dans tous 
autres arts, si 





le caprice apparaît souverain, c'est aux 
yeux de l'observateur superficiel. La 
mode et ses désirs sont réglés par la 
lune, me dites-vous? J'y donne les 
mains; mais pour être mal connus, 
croyez-vous que les dogmes de l'esthé- 
tique lunaire en soient moins 
inflexibles? Pythagore avait 
raison d'assurer qu'en toutes 
choses la nature est géomètre. 
L'artiste se conforme sans 
faute à cette loi, et le tact du 
bon couturier n'y saurait 
contrevenir. Si quelque Edgar Poë de la rue de la Paix 
entreprenait d'écrire la Genève d'un coutume, il ne manquerait 
pas de noter, à l'origine de sa création, un décret de ces 
mêmes volontés toutes puissantes qui président à la naissance 
des poèmes et des cristaux. 





Les principes traditionnels de symétrie, 
d'équilibre et de répétition gouvernent, 
dans le choix de leurs robes, les iris et les 
orchidées, qui se font habiller chez Redfern, 
ou les paons, ces merveilleux 
modèles de Poiret. Et il n'est 
pas jusqu'aux fleurs vulgaires 
et aux animaux plébéiens qui 
ne s'y soumettent attenti- 
vement. Un docte traité 
d'ornementation en donne 





pour exemple « la répétition des gonan- 
gies dans le cladocarpe flexueux ». Loin 
de moi l'intention discourtoise de pro- 
poser pour modèle à des Parisiennes un 
fruit au nom si scolastique. 
Tout de même, comme ce 
cladocarpe fournit à ma 
thèse un argument plaisant 
et flexueux... 



L'esprit et le cœur de 
l'homme se réjouissent dans 
la répétition. Le regard voluptueux aime à voir se confirmer 
dans les cheveux ce que le poignet et la cheville prétendirent. 
Ainsi, dans un paysage bien ordonné, se disposent les 
« rappels » de couleurs; ainsi, dans une cathédrale de style 
pur, la rose de la façade prend soin de 
refleurir au transept. 

Dans une toilette conçue par une ima- 
gination d'artiste, à la façon d'une sonate 
ou d'un poème, on retrouve le même balance- 
ment. La Valenciennes répète la Valenciennes, 
les broderies se font écho. D'obscures et 
troublantes « correspon- 
dances » s'établissent. 



... Leé plumet, leé rubans et Un 

\ fleura ée réponde ni 

Danà une ténébreuse et profonde 

[unité ... 

Georges -Armand M AS SON. 





112 




Gazelle du Bon Genre. — JV° 4 



Mai 1920. — PL 25 




i: 



DÉCOUVERTE DE L'ILE TORQUATE, DE SON 
INFLUENCE SUR LES TRADITIONS DU DAN 
DYSME DANS LES VIEUX PAYS. 



["'ÉPOQUE inquiétante, dont nous sommes les contemporains mélanco- 
-■— t liques, en augmentant les salaires des plus sots, peut, à la rigueur, 
affiner l'esprit et les sens des plus subtils. La découverte de l'île Torquate 
par un capitaine de navire, bien servi par le hasard, apportera dans notre 
société des modifications dont il faut tenir compte dès aujourd'hui. 

L'île Torquate, comme son nom l'indique, est semblable à un atoll dont 
la lagune interne aurait cette île pour noyau. Il fallut briser l'anneau de perles 
fines la protégeant contre l'indiscrétion des aventuriers barbares pour 
permettre à ceux-ci de pénétrer dans cette île prodigieuse où l'élégance est 
obligatoire, tout en restant laïque, jusqu'à l'âge de soixante-dix ans. La 
délicatesse naturelle aux habitants de cette île est telle qu'une jeune fille, 
appartenant à une classe modeste de la société, s'évanouit à la vue d'une 
photographie ex ^-^ traite d'un journal 

agricole et repré ."^ BÏÉ^t^ sentant une meule 

de blé avec ses 4^//^j '-' /^ > É^ constructeurs. 

L'agriculture v/T/f^^^^lA e ^ ^ es ^ ravaux ma ~ 

nuels qui n'ont pour v ^J/auïïû ^>ÈÈla!^^^ hut ( ï ue d'être 

utiles sont considé ^*^^ ///(a\\w1 )l4 ^^. r ^ s comme indé- 

cents. La vue d'un ^^(^pMj)))) , ^)fcTl^dk champ de blé pro- 

voque chez les insu / ((\M 'Ji$fr%WL laires des troubles 

psychiques que l'on JÊËÊT (((//(( A I v I H punit de prison. La 

nature est d'ailleurs WÊÊM — i-uliii / * I ) If H complice de ce que 




nous considérons comme des 
excès, en offrant ses fruits avec 
abondance, une abondance 
décorative, supprimant d'un 
seul coup tous les efforts des 
hommes en ce qui touche l'art 
de présenter les aliments. 

«s « 

11 est inutile d'insister sur 
les rapports sociaux des habi- 
tants entre eux. Les gens ne 
se rencontrent et ne s'accou- 
plent que dans un but esthé- 
tique comme le jaune s'allie au 
violet et le rouge au vert. La 
théorie des complémentaires 
et des accords règle les senti- 
ments des deux sexes, et 
l'amour n'apparaît, en dehors 
des satisfactions sensuelles 
communes à la race humaine, 
que telle une heureuse 
symphonie. 

Donc l'île Torquate vit 
dans le calme que procurent 
les plaisirs librement prati- 
qués. Le travail manuel, 
rigoureusement interdit par les 
lois, ne permet pas a l'imagi- 
nation des Torquatiens de 
concevoir des gestes regretta- 
bles. On se meut à l'aise au 
milieu des parfums fournis par 
l'État, et chacun se recueille à 
loisir pour embellir la personne 
des uns et des unes grâce à 
des complications de plus en 
plus précieuses. 



114 



C'est ainsi que les jeunes 
filles ont les cheveux teints de 
couleurs appropriées, ce qui 
n'est pas nouveau. Mais les 
belles personnes se font ciseler 
les dents et graver sur les 
ongles des devises symboliques, 
ou des fleurs également sym- 
boliques. Une fille se rappro- 
che de plus en plus de cette 
image vulgaire que la femme 
est un bijou. Elles acceptent 
cette image à la lettre et trans- 
forment la nature en lui 
prêtant les ressources de leurs 
créations. 

Quand nous étudierons le 
détail de leur beau corps, à la 
manière de ces poètes du 
XVI eme siècle décrivant par le 
menu les filles de France dans 
leurs blasons et contre-bla- 
sons, nous verrons à quel 
point Torquate luit comme une 
pierre merveilleuse dans l'écrin 
vert des eaux de la mer océane. 

Il y a un peu plus de 
cent ans les souples métisses, 
par le truchement des naviga- 
teurs de S 1 Malo et de Nantes, 
révélèrent aux femmes de 
France des artifices de coiffure 
et des bijoux rococos et char- 
mants. Chacune, parmi les 
belles de Paris, devint une 
manière d'esclave indolente 
asservissant le cœur des che- 
valiers. Le négrillon remplaça 
le page et plus tard Joséphine 




de Beauharnais apporta dans les salons les plus élégants de Paris la manière 
puérile et charmante de supprimer les r, comme il était d'usage, là-bas 
sous les cocotiers du pays natal. 

L'île Torquate, se laissant découvrir après l'influence incontestable des 
pays de race nègre dans la sculpture, la décoration, et le sabir littéraire, 
offre un trésor à peu près intact où l'on pourra puiser pour indiquer des 
routes nouvelles. 

L'art persan a vécu dans la mode... de même les réminiscences du passé. 
Les Japonais sont éliminés depuis longtemps : il reste les Torquatiens. Le 
hasard peut être béni quand il mène à de telles découvertes. 

Il faut désormais qu'une fille de qualité, qui par définition doit être souple, 
se laisse persuader qu'il faut faire de sa chevelure une véritable œuvre d'art 
en la tressant avec des soies de couleurs ; qu'il faut utiliser ses yeux, comme 
des lampes ; ciseler ses dents, ainsi que des ivoires japonais ; orner ses 
ongles comme des dessus de bonbonnières romantiques ; travailler sa peau par 
la mosaïque. Les vêtements s'inspireront désormais d'une esthétique nouvelle. 
Un détail parfois devra l'emporter sur l'ensemble quand sa rareté l'exigera. 

Les Torquatiens expriment dans leur toilette et le culte de leur corps, la 
valeur intellectuelle de l'île. 

Que l'on considère que cette île, où le laboureur est pendu et le terras- 
sier écartelé vif, a dû faire un pas formidable vers les buts les plus reculés de 
la question qui nous préoccupe. 

C'est ainsi qu'une jeune fille de l'île Torquate s'habillera : à la manière - 
de - la - jeune - fille - qu'il- ne - faut -pas -perdre - de - vue, et qu'un homme du 
même monde prendra le costume : de -la -liberté -inutilisable. 

Le tout avec des complications littéraires apportées quotidiennement 
par la clique des meilleurs auteurs de l'île Torquate. 

PIERRE MAC ORLAN. 





poux tCL VOlQX^-QL lauuto 

VOUS voilà satisfaite, "orgueilleuse de votre goût et de votre 
ingéniosité. Vous me forcez à admirer l'exposition des 
manteaux que vous avez assemblés pour la mer, pour l'auto, 
et pour vos promenades sylvestres. Vous me les mettez sous 
les yeux, d'un coup, sans précaution et vous semblez me dire 
malicieusement : « Regardez-les, puisque dans deux mois vous 
ne serez pas là pour les voir... Celui-ci est fait d'un drap 
épais, cassant et souple tout à la fois, surmonté d'un grand 
col de chamois, indolemment attaché avec des lacets rouges. 
Lorsque j'apparaîtrai vêtue de la sorte, j'aurai l'air d'un jeune 
bourreau... Cet autre, vaste et flou, taillé dans une bure 
de capucin, se termine par un capuchon auquel un écolier 
malicieux aurait attaché un gland et de longs effilés de soie 
violets. Celui-ci est pour l'auto, cet autre, léger et souple, 



117 




est pour le yacht. Il semble avoir de 

grandes ailes blanches. » Et vous tenez à 

ce que je vous évoque, debout sur le pont 

en bois de teck, le nez au vent marin, 

immobile, argentée et satisfaite, comme 

une mouette posée sur une vague sous le 

soleil 

Eh bien! ce que vous faites là est sans charité ; que 

m importent vos manteaux, vos capes, vos falbalas, puisque je 

ne serai pas là, puisque je ne peux pas être là pour les voir. 

Le temps est fini où il m'était permis d'être près de vous, 

sans indiscrétion, de vous admirer sans vous compromettre, 

de sourire de vos fantaisies et de défendre votre goût devant 

vos amies, promptes à le trouver trop hardi. Les convenances 

et le souci des préjugés me forcent à 
me tenir éloigné de vos villégiatures, 
et à ne pas monter, fût-ce pour une 
portée de taxi, dans votre voiture 
fringante. Alors, je vous en prie, ne 
me donnez point le désir de joies 
auxquelles je ne participe plus, ni la 
vue de parures qui vous feront belle 
pour d'autres. 

Voulez- vous que je vous dise 
les choses comme je les pense, 




-~— — 




sans jalousie? Je ne 
les trouve pas jolis, 
vos manteaux. 
Comme cela, sur ce 
divan et sur ces 
fauteuils, vides de 
votre corps, ils ont 
l'air de défroques de 
toutes les époques, 
empruntées au 
magasin d'accessoires d'un 
théâtre de province . Vous faites 
'la moue, vous êtes très mécon- 
tente de ma comparaison? C'est 
entendu. Mettons que j'y mette 
du dépit. Cependant, recon- 
naissez que naguère vous aviez, nous avions des 

goûts plus simples. Le manteau de vous que j ai 

le plus aimé était beaucoup plus modeste : 

une mante ( oh le joli mot et la belle rime 

vaste, très ample, d'une étoffe bourrue 

et chinée, et doublée d'un doux satin. 

Nous avions été en auto jusqu'à la 

côte de Penmarch, sur ces rochers 

formidables dressés au-dessus de la 

mer comme des têtes de géants marins, 

barbus d'écume. Nous nous étions 

arrêtés devant la petite maison où, le 

matin, Lemordant, artiste sobre et 

puissant, venait peindre des études, 

alors qu'une terrible blessure ne l'avait 






pas encore plongé dans la nuit. Nous n'étions 
repartis qu'au soir pour Audierne. L'auto 
glissait sur la route dans le vent frais, parmi 
les ombres qu'éclairait, d'instant en instant, 
le regard bleu et profond du phare d'Eck- 
mûhl. Je cherchais votre visage dans ces 
apparitions, et je me penchais vers vous. 
Fut-ce l'émotion, la brise du large ? je 
frissonnais. 

A votre tour vous vous étiez penchée 
vers moi en me disant : « Vous avez froid? 
N'attrapez pas du mal. Tenez, abritez-vous 
dans ma mante. » Vous m'aviez tendu un très 
vaste pan de ce man- 



teau et je m'y étais 
enveloppé. Nous étions l'un près de 
l'autre, très près, comme deux enfants 
frileux. Je serrais dans ma main, pour 
la retenir, cette étoffe si douce, et je la 
trouvais belle et complice. Comme je 
l'aimais ce manteau! Comme, les jours 
suivants, je le retrouvais avec un 
plaisir amical ! Et puis soudain 
vous l'avez abandonné... Vous 
l'avez donné à cette femme de 
chambre qui vous volait. . . Oh ! . . . 
JVLais non, je ne suis pas fâché. 
Oui, je vous aime comme en ce 
temps-là... Et tous vos man- 
teaux sont charmants . . . 

Gérard BauËr. à 





JCvonllonll 




oniioniions 

ONFLONFLONS, nomment- elles (les dames), 
paraît-il, des petites hanches postiches qu'elles 
portent par-dessus les leurs propres, pour 
être ainsi parfaitement à la ressemblance 
d'une amphore. 

Encore fallait -il savoir que ce n'était 
pas là leur forme naturelle. Ceux qui les approchent, les 
heureux, sont renseignés sur cela — et sur le mécanisme des 
poupées de Nuremberg, qui accomplissent les fonctions essen- 
tielles de la vie, rient, crient, pleurent, dansent... surtout 
dansent. Ceux-là sont les cœurs frivoles, les amants, les avertis, 
et qui se rient de tomber sur un morceau d'osier là où ils 
croyaient trouver une femme. Les autres n'ont de commerces 
que conceptuels, et avec des héroïnes et des déesses. Les 




simples mortelles, 
singulièrement, 
les écartent. On 
dirait qu'elles les 
traitent en trans- 
fuges de l'au-delà 
et gens sur qui 
l'on ne peut se 
reposer, toujours 
prêts à lâcher 
terre, pour re- 
monter, souve- 
rains, aux préten- 
tieux empyrées 
dont ils se ré- 
clament à tout 
propos citoyens. 
Alors, pourquoi 
viennent-ils vivre 
sur la terre ? 

Non, les 
femmes n'ai- 
ment pas les 
poètes — qui 
leur rappellent confusément un paradis perdu — et les poètes 
n aiment les femmes que pour avoir loisir de gémir et soupirer. 
Nous veulent-elles accorder, pour faire cesser nos plaintes, 
ce que nous feignons de désirer... Ah bien, merci !.. Nous 
courons encore. 

Ils sont (ces ronflonflons) des petits coussinets, ou bien 
des armatures flexibles d'osier, par-dessus quoi retombe la 




robe (panj un mou- 
vement de panierd, 
comme elles 
disent dans leur 
algonquin, les 
couturières). On 
n'imagine pas des 
choses pareilles 
dans la cervelle 
des poètes, où l'on 
adore les pures 
femmes de l'an- 
tiquité parce 
qu' elles s ont 
mortes. Si les 
poètes les avaient 
connues, un clin 
d'œil qui n'eût pas 
été à sa place, un 
mouvement de 
sein qui ne se fût 
pas arrangé dans 
le paysage, une 
parole qui n'eût 
pas été, à ce moment-là, précis, la parole qui convenait... 
catastrophe, regard glacé et gare à elles!... Lohengrin (celui 
de Laforgue), pour bien moins que cela empoigne son beau 
cygne aimé, et retourne, par la voie des consolants espaces, 
au pays qu'il eût dû ne jamais quitter... Pauvre Eisa, adieu ! 
Revenons à ces ronflonflons. Je n'ai pas dit un mot des 
ruches ou ruchers qui, placés au bas de la fausse jupe, prient 




123 



la jupe, la vraie cette fois-ci, de garder ses dis- 
tances. On ne peut avoir la prétention d'apprendre 
à qui que ce soit ce que c'est qu'une ruche. 
Je le sais depuis cinq minutes. C'est un rucher 
de taffetas à picots, plissé et refroncé sur un fil. 
La simplicité même, comme vous voyez. 

La dame qui regarde par-dessus le bord de 
sa robe si l'objet qui a causé son émoi (une 
souris sans doute) a disparu, le fin de son 
vêtement de dessous est dans un gentil pantalon, 
cerclé dans son intérieur. Je vous demande où 
les ronflonflons vont se nicher. 

La dame qui fait peur à son chien en faisant 
hou. . . hou. . . du fond de sa jupe ramenée en suaire 
sur sa tête et en agitant de longues mains de 
fantôme, regardez sa jupe et sa fausse jupe, celle 
de dessus et celle de dessous, enfin vous m'en- 
tendez de reste. Un tour de boutons à pression 
permet d'attacher plus haut la jupe (la vraie) : mouvementde vraies 
faujjej hanches, alors, et effet de déparant de l'autre jupe (la 
fausse) — ne nous égarons point. Voyez tout de même, ces cou- 
turières, comment elles arriveraient à faire écrire un poète... 

Marcel Astruc. 







124 




LE POISSON D'ARGENT 



Gazelle Du Bon Genre. — N° 4 



Mai 1Q20. — Pi. 26 




APPORT DE M. D'HOZIER, JUGE GÉNÉRAL 

D'ARMES DE FRANCE, A S. E. LE PRÉSIDENT 

DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, SUR LA 

NÉCESSITÉ PRESSANTE DE FAIRE ENTRER DANS 

LA NOBLESSE MM. LES NOUVEAUX ROUÉS DE LA FORTUNE. 




Excellence, S. M. Dieu qui est pour les héraldistes plein de bienveillance 
(car Dieu est un grand seigneur quoiqu'on en pense et le plus noble 
que je connaisse), Dieu qui est mon maître pour l'éternité, m'a donné dans 
son paradis une place honorable dans la bibliothèque céleste, près d'une 
fenêtre, d'où j'aperçois le royaume de France et la Cour de France, 
transportée dans la maigre demeure qu'on appelle assez comiquement le 
palais de l'Elysée. 

S. M. Dieu vient de pousser la bonté jusqu'à me permettre de secouer 
aujourd'hui la poussière des siècles et d'écrire directement à Votre Excellence 
comme je m'adressais au roi seul, sans passer par les ministres parce que 
les affaires de la noblesse relèvent du Chef de l'Etat. 

Les lois qui ont survécu au mécanisme des révolutions sont encore assez 
fortes pour permettre à Votre Excellence de donner ou de confirmer des 
titres ou des lettres de noblesse aux citoyens (le vilain mot I). 

La gloire de la guerre a permis de ressusciter les maréchaux de France 
et je ne pense pas qu'un héros puisse être maréchal, sans devenir gentilhomme 
du même coup. Mais il ne s'agit pas dans ce rapport des récompenses 
héréditaires que le Chef de l'Etat Français peut légitimement attribuer pour 
perpétuer les noms glorieux. 




Je crois savoir que sur son lit de 
lauriers, sous les palmes du triomphe, la 
France souffre d'impécuniosité. La monar- 
chie comme la république a connu les 
crises aiguës de cette maladie : de tous 
temps sur les champs de bataille nous 
avons cueilli plus de gloire que de béné- 
fices. Parmi les remèdes que mes augustes 
maîtres avaient trouvés, il en est un 
d'excellent. Le roi donnait des lettres de 
noblesse, que dis-je, imposait des 
lettres de noblesse à ceux qui 
avaient gagné beaucoup d'argent, 
trop d'argent. 

Les lettres patentes n'étaient 
délivrées que contre de fortes 
espèces; et l'interdiction de 
continuer à faire commerce était 
jointe au parchemin. Par vanité ou par peur, les enrichis ne refu- 
saient jamais, car les tribunaux qui existaient déjà sous l'ancien 
régime auraient été saisis de la cause et même du personnage. 

Les fermiers généraux, les banquiers, les fournisseurs des 
armées devenaient nobles par la vaillance de leurs écus. L'Etat et 
les vrais gentilshommes leur faisaient l'honneur de leur emprunter 
de l'argent sans leur rendre beaucoup d'estime. 

On pourrait recommencer ; le jeu des boules qui est autorisé 
dans toutes les villes de plaisir ou d'ennui, n'est pas plus honnête 
que les boules des couronnes de comte que pourraient acheter les 
nouveaux parvenus de la fortune. 

Le principe, si j'ose dire, des nouvelles créations étant accepté, je 
pourrais fournir à Votre Excellence une liste très complète de noms, propres à 
l'anoblissement. Qu'il suffise de donner aujourd'hui quelques exemples choisis. 
Le premier est M. Beauregard, pour qui la transition ne sera pas 
brusque car il a déjà droit au titre d'Excellence. Il est le dernier amoureux 
de la Comtesse du Barry que j'ai beaucoup connue. Pour le mariage de 
cette dame on inventa des armoiries tout à fait en dehors de mes services. 
M. Beauregard qui possède et orne avec amour l'ancien château de la favorite, 
celui de Sardoine, pourra inscrire au fronton de sa demeure, au sommet 
de son papier les armes de M me du Barry, d'azur au chevron d'or, portant en 




cime un geai surmonté d'un G et accompagne en chef de deux roses et en pointe d'une 
main dextre, en pal, le tout d'argent. 

Une devise s'impose pour compléter ce beau dessin. Prenons-la dans 
l'histoire : « France, ton café fiche le camp ». M. Beauregard prononcera ces 
paroles avec beaucoup de grâce. 

De M. Beauregard à M. Nèfle il n'y a qu'un tour de roue. Plaise à 

Votre Excellence, donner à ce seigneur des armes très personnelles que nous 

lirons ainsi : de gueules à la roue engrelée d'or, au chef d'azur, a trou 

bonnets de Juif d'argent, éurmonlé du casque d'argent poli chargé d'un demi-vol 

antique aux onze grenades dont quatre en éclaté ; l'écu posé en biais sous 

le casque. Devise : L'engrenage ou la vie. 




Avec M. Canne nous sommes en vieille France. Ce personnage 
dont la seule tare originelle est d'avoir été journaliste en province 
avant d'accepter la royauté du rhum, est un personnage riche qui 
vit en gentilhomme sans l'être. Nous pouvons régler ainsi ses armes 
d'office en modifiant la couronne de vicomte, ce qui est contraire 
aux lois du blason mais ne présente pas d'obstacles immédiats. 

M. Canne portera donc de sable au soulier de carnation, baillant 
de même, tranché d'argent aux trois cannes à sucre de sinople. Couronne : 
de vicomte ou j perles sont remplacées par 3 bouteilles de rhum. Derrière 
l'écu : deux plumes d'oie d'argent posées en sautoir. 

Les plaisirs de la table et ceux de l'amour sont également 

recherchés. M. Vatel 

du Râteau a procuré 

l'un et l'autre dès sa 
plus tendre jeunesse, il y joint 
l'agrément du jeu ; résumons 
cette carrière dans un écu plus 
original que régulier, mais qui 
fera connaître aux neveux de 
nos petits neveux les origines 
de M. Vatel du Râteau, duc de 
Tout-Dauville, vicomte de 
Grasse, coseigneur d'Ostende : 
de sinople à trois râteaux d'or posés 




127 



en pal au chef d'azur charge d'un brochet d'or. Couronne : un bonnet de cuiéinier 
d'argent orné de deux cornet du même. L'écu environné du tablier de cuidne d'argent. 
Dev'uc : Je pêche en toutes mers. Cri : Par Le Tellier 1 

Pour ne pas finir sur un parfum de cuisine, je signale à Votre Excellence 
l'anoblissement nécessaire de M. Fleury. Il a renouvelé les formules des 
parfums, a remplacé la qualité de l'odeur par la supériorité du flacon. Il a 
eu le génie de faire accepter des prix que nos ancêtres ignoraient pour les 
divins parfums à la bergamote, à la vraie rose, au véritable œillet. 

M. Fleury est qualifié pour percevoir des Armes et un titre, car je crois 
qu'il se fait annoncer dans le monde où il va, sous un nom allongé, qui n'est 
pas le même que celui dont il pare ses étiquettes : d'azur au flacon d 'ammo- 
niaque d'argent; l'écu entouré du chapelet d' argent et poâé dur la croéée d'or qui dont 
de l'abbaye de Vertpré. Déçue : Qu'importe l'odeur pourvu qu'on ait le 
flacon ! Cri : Ni fleurs ni couronnes 1 

Je continuerai cet exercice s'il a l'heur de distraire Votre Excellence 
de ses graves labeurs. En attendant, je prie Votre Excellence de me par- 
donner d'avoir employé des mots qui ne sont pas conformes au protocole 
nouveau de la France ; je n'ai pas trouvé dans la bibliothèque de S. M. Dieu 
l'exemplaire du nouveau formulaire de la Cour de France et je m'en tiens 
à celui des rois, encore qu'il soit trop simple pour les temps compliqués 
qui voient commencer le règne de Votre Excellence. 

Je suis avec le plus profond respect, M. le Président, de Votre 
Excellence, le très humble et très obéissant serviteur et très fidèle sujet. 



D'HOZIER. 




Pour et par pouvoir tombé du ciel, 

Jean de BONNEFON. 



CHILDREN'S CORNER 

ILS se promènent à pas comptés. Un abat-jour avec un 
pompon; une cloche écarlate; entre la cloche et l' abat-jour 
le vernis d'une pomme d'api; à chaque mouvement de la 
cloche le fond d'un petit pantalon blanc : c'est Minnie. Poum 
l'accompagne. Poum est habillé en bolchevik, ou à peu près. 
Ses yeux reflètent les choses sans rien retenir. Mais Minnie 
a l'œil — si l'on peut dire — et connaît la vie. Le temps est 
maussade et la bise les " pince" dans leurs costumes qui 
finissent tôt/ si tôt... Bobette passe, le maillet levé, à la 
poursuite d'une boule récalcitrante. Minnie lance un regard 
— jugé ! — et avec un petit rire sec : 

— Tu as vu Bobette ? 

— Eh bien ? 



129 



7m* 



— Ce qu'elle est fagotée. 

— Tu trouves ? 

— Coutil, confection, io5,C;5 au Printemps. Une 
misère ! 

Poum demeure silencieux. Poum oppose aux 
subtiles observations de sa sœur une stupeur opaque. 
Minnie s'énerve : 

— Tu ne dis rien. 

— Il ne fait pas chaud. 

— De quoi te plains-tu? Toi, au moins, tu as une 
culotte; tandis que mon pantalon, autant 
dire qu'il n'y en a pas, alors faut voir. . . 

Poum est très rouge. Poum est 
choqué : 

— Oh Minnie! tu n'es pas convenable. 
Mais Minnie a le sens des responsa- 
bilités. Elle s'emporte : 

— C'est maman qui n'est pas conve- 
nable. Pourquoi qu'elle commence à 
m'habiller à la taille ? Si tu crois que nous 
ne sommes pas ridicules. 

— Parle pour toi. 

— Oh! pour toi aussi! Il est écœu- 
rant ton costume. 




Poum a un argument. Il triomphe : 

— C'est la mode. 

— Bien sûr, c'est la mode... Au fond, 
veux-tu que je te dise? Ce n'est pas pour nous 
que maman nous habille. C'est pour elle. 

Poum a coutume de ne pas s'étonner des 
paradoxes de Minnie; mais, cette fois, il proteste : 

— Comment, pour elle? 

— Mais oui : pour elle ou pour son appar- 
tement. Elle choisit nos costumes comme ses 
coussins de divan, pour l'harmonie, 
comme elle dit... Et ça peut aller 
loin. Tiens, il y a quelque temps, elle 
m'a emmenée aux Arts Décoratifs... 
Ce que j'ai eu peur. 

— Pourquoi? 

— Dame! Tout le temps je me 
disais : Pourvu qu'elle n'ait pas l'idée 
de se refaire un ensemble ! Car, 
alors, gare à moi!... 

Poum commence à s'émerveiller 
positivement : 

— C'est drôle ! je n'avais pas 
encore pensé à ça... 




Minnie hausse les épaules : 

— Parbleu! tu ne penses jamais à rien. 
Puis, elle conclut, péremptoire : 

— Vois-tu, Poum. Nous sommes des 
enfants martyrs. 

Poum est saisi d'une terreur folle. Il ne 




bien ce que c'est 
On lui a parlé de 



sait pas très 

qu'un martyr. 

Saint-Denis 

qui portait sa 

tête... Cette image 

le bouleverse, il 

tremble, il a envie de 
pleurer. Mais une belle madame les 
regarde, Minnie et lui. Alors il se 
contient... Voilà même que la belle 
madame prend son face-à-main. Et voilà encore 
qu'elle parle. Elle dit : Adorables, ces enfants I 
Poum n'a plus peur. Poum est très fier. 
Il envoie une bourrade à Minnie : 

— Tu as entendu ? 
Minnie a entendu. Mais Minnie 
détourne la conversation. Elle montre petite Zon qui 
passe avecune poupée dans ses bras, et recommande : 

— Surtout ne la salue pas ! 

— Pourquoi? fait Poum. 
Minnie s'empourpre jusqu'aux 

oreilles et, très vite : 

— On ne sait pas avec qui elle a 
acheté sa poupée. 

Louis Léon-Martin. 





i3 2 




LA FLEUR D'OR 

LVobe du soîr, de WorlJi 



Gazette 



■N° 4 



Mai 1920. — PI. 27 




Robe de plage, de iieer 



Gazette 



■N° 4 



Mcii 1920. — PL 28 




mmà 



LLQ] 



Lolbe du soir, de Dœuillei 



Gazette du Bon Genre. — N° 4 



Mai 1920. — PL 2p 




LA FETE EST FINIE 

EvoLe d'organdi et robe ae pela te fille, ae Jeanne Lanvîn 



Gazelle 



-N' 4 



Mai 1920. — PL. 50 




Robe du soir, Je Paul Poire i 



Gazette du Bon Genre. — N° 4 



Mai 1920. — PI. 31 



Rot 



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20 




LE PANORAMA EST 
DE RAOUL DUEY. LES 
SOIERIES SONT DE 
BIANCHINI FÉRIER 
ET CIE COMPOSÉES 
PAR RAOUL DUFY. 



Gazette du Bon Genre, N° 4. — Mai 1930. — Croqulà de XXI à XXIV 





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EXPLICATION DES PLANCHES 



PL 24. — Une robe de promenade en " parquetine" tissu de Rodier. Le bas des manche* et 
de la jaquette dont garnie d'un large galon ' mohair" à gros damier. 

PL 2 5. Jeune habitante de cette terre de Torquate, où l'esthétisme absolu n'est ni plus ni 
moine qu'une i/iàlitution d'Etat, et la première. Elle eét donc vêtue et ornée suivant les meilleures 
acquisitions de l'art et de la beauté. Ses ajustements, à les bien examiner, ne diffèrent pas tant, 
mesdames, des vôtres. C'est donc que vous n'êtes pas si loin de la perfection. 

PI. 26. — Deux robes d'après-midi. La robe à paniers est en "diallaine" et est garnie d'un 
galon de laine. La jupe et la petite veste de la seconde sont en serge bleue, le dessous et les 
manches sont en taffetas 

PI. 27. — De Worlh, celle robe du soir en lamé bleu argent. Le petit corselet est brodé 
d'argent. Le drapé est retenu aux épaules par des guirlandes de roses. 

* 

PI. 28. — Voici une robe de plage de chez Béer. La jupe est en lainage rayé bleu et blanc; 
le paletot, assorti, est en tissu blanc uni. 

* 

PL 29. — Robe du soir, de Dœuillet, en taffetas noir, garnie d'applications de cretonne, 
recouverte de Chantilly. 

PL 5o. — De Jeanne Lanvin, une robe d'organdi mauve avec des palmes appliquées et un 
nœud en taffetas marine. Le chapeau d'organdi rose est bordé de deux courts volants superposés, 
l'un rose, et L'autre bleu marine. Et une robe de fillette en organdi rose, garnie également de palmes 
appliquées en taffetas blanc. Le petit cabriolet est aussi en organdi rose ; les mêmes j>almes sont 
appliquées sur le devant ; les brides sont en taffetas blanc „ 

PL 3i . — Jupe en tulle turquoise ; corsage en lamé argent brodé argent : Robe du soir, de 
Paul Poiret. 

Croquis de xxi à xxiv. — Robes d'été en tissus de soie fabriqués par Bianchini-Férier, sur 
les dessins de Raoul Dufy. La robe saumon, placée à l 'extrême gauche , est en ' twill" imprimé; puis 
viennent une robe en voile imprimé versicolore, et une troisième, couleur citron, qui est en 
taffetas diaphane. Trois robes viennent ensuite, de gauche à droite, deux bleues, en "twill" imprimé, 
et une rose, en taffetas 'libellule" . Les cinq robes qui occupent la partie droite du panorama sont : 
la noire a damier, en satin imprimé ; la saumon" en crêpe imprimé ; la noire sans col, en salin 
d'amour ; la bleue a carreaux, en crêpe imprimé ; enfin la rouge et bleue, en voile de soie imprimé. 

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Imp. Sludium. Jlarcel Rottembourg, Gérant. 



N' j. — 1920 



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CONDÉ NAST, PubLUber 

19 West 44 th. Street 

NEW- YORK U. S. A. 



PARIS 
LES ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 



LONDON 
THE FIELD PRESS Ltd. 



GENÈVE 
NAVILLE et O* 



^^^^«^^«^^^^ 

-Les L/Outuners cités ci -dessous par 
ordre aTpnabéticjue ont contribué à fonder 
cette Vj-azette, ou lui apportent, en outre, 
avec leur collaboration, laide de leurs 
conseils. 

BEER @ © 
C HERUIT 
DOEUILLET 
D O U C E T 

L A N V I N 
PAQUIN 
Paul POIRET 
REDFERN 

® VORTH 



*^<F^*f- "■Wf?^*?'* •"X.dF^te" "^(î^fcr- -^*(? a î>^- -»<f a &«*'~ v ^<J ss bi^- ~v,<F%te~ "v<Pfc*»- 
_-«^_p*v, ^t^ptv^ ,^^-^ïv, jd^nv, .^^tv, ^i^pw, -^tt-p^^v, .^cj^W, ^jr;-_^iy^ 



'QMMAIRE DU NUMÉRO 5 



Juin 1920 3« Année 

RÊVERIES SUR UN PAYSAGE Emile HENRIOT. 

Dessins de LABOUREUR. 

LE FRUIT VERT (Horé-texle) par BENITO. 

LES BEAUX BRAS Eugène MARSAN. 

Dessins de BENITO. 

DU SABLE, DE LA VOLUPTÉ, DE LA MER Gérard BAUËR. 

Dessins de Robert BONFILS. 

BIJOUTERIE FÉTICHISTE j ean BERNIER. 

Dessins de Roger FOY. 

L'OISEAU MORT (Horé-texte) par L'HOM. 

MODES TCHÉCO-SLOVAQUES Nicolas BONNECHOSE. 

Dessins de L'HOM. 

TRANSPARENCES Marcel ASTRUC. 

Dessins de MARIO SIMON. 

SPECTACLES Jacques PO REL. 

Dessins d'André MARTY. 

UN PEU... BEAUCOUP (Hon-texle) par SIMÉON. 

FENESTRES ET CREVÉS Georges-Armand MASSON. 

Dessins de JAQUES. 



PLANCHES HORS-TEXTE 

JOUERAI-JE? — Robe pour leâ Couréed, de Béer par Pierre BRISSAUD. 

LES VOILA ! — Robe d'été, de Dœuillet par André MARTY. 

VOYONS CETTE RÉVÉRENCE. — Robe d'organdi et manteau d'enfant, 

de Jeanne Lanvin par Pierre BRISSAUD. 

LA BELLE JOURNÉE. — Robe d'été, de Paul Poiret . . par Georges LEPAPE. 
ROBE DU SOIR DE WORTH ... P ar Bernard BOUTET DE MONVEL. 
AMÉNAGEMENT D'UNE LOGE D'ACTRICE. - (Quatre planchée boré-texte). 

par SUE et MARE. 

XXXV 




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A Applications tous les jours par Atonsieur Eugène lui-même, 

x AJtvJLij aux Valons ae la JM.aison Ueslossé, ao5, rue <St~Honoré, Paris 







LE GOUTER SUR LA TERRASSE 




i, Rue de 
la Paix 

PARIS 



&d. 



LONDRES □ BIARRITZ □ NICE □ MONTE-CARLO 




On trouve les modèles des grands couturiers reproduits par la 

Gazette du Bon Genre 



E R C I E M c - 

3, Princes Street and 240, Oxford Street 
(OXFORD CIRCUS) LONDON W.l. 





io RUE DE LA PAIX, PARIS 
7 OLD BOND STREET, LONDRES 
3 9 8 FIFTH AVENUE, NEW- YORK 




R 



êvenes smr un 



p 



aysage 



j 



E vous écris, Francine, au milieu des fleurs innombrables, 
près de la mer éblouissante. Sous la terrasse où je pense 
à vous, elle bat d'un flot continu des galets qui semblent 
de marbre, et, au plus loin de l'horizon, elle se confond tant 
elle est calme avec le ciel où l'on ne saurait distinguer la blan- 
cheur d'une voile du vol aigu de la mouette. Autour de la baie 
au flot métallique, un demi-cercle de montagnes forme un 
anneau de pierre rose et violette, ça et là diamanté comme 
d'une poignée de cailloux brillants, jetés à la volée, qui sont 
des maisons. Sous l'émail de l'azur, les citrons et les manda- 
rines pendent aux branches immobiles. Un lézard court sur un 
balustre, et tandis que l'eau déverse au bord des rochers sa 
frange d'écume harmonieuse, l'air vibre d'un grésillement de 
chaleur et d'insectes. Parfois un souffle impalpable s'élève et 
retombe aussitôt, chargé de trop d'arômes, lourd d'avoir courbé 
trop de fleurs. Tout cela laisse au cœur un extrême engour- 
dissement : c'est la volupté d'un précoce juillet, à laquelle on 
n'est pas fait encore, et qui étonne. La pensée en est submergée, 

i33 



Copyright Juin 1920 by Lucien Vogel. Paru 










l'imagination recouverte : on ne peut pas rêver dans ce pays, 
Francine, et son implacable splendeur, pareille à celle de l'onyx, 
a je ne sais quoi d'inhumain. Seuls des philosophes ou des 
artistes épris de l'unique raison, comme étaient les Grecs, y 
pourraient vivre sans malaise ; mais le sentiment y est vite ' 
étouffé, la sensation pure y domine trop, et pour penser à vous, 
mon amie, au sein de cette dure lumière éclatante, il faut que 
je ferme les yeux. 

Alors je vous revois, Francine : je vous vois dans votre 
jardin, pas bien loin de l'Oise argentée, errant sous les bos- 
quets qui couvrent des allées pleines d'ombres légères... Là, 
Francine, mon cœur est resté. Là seulement, dans le décor 
réduit de nos humbles vallons, au bord de ces eaux transpa- 
rentes, et sous ces arbres paternels, une nature affectueuse 
sait accueillir nos rêveries et nourrir nos goûts romantiques. 
Là notre âme trouve avec l'univers une harmonie à sa mesure, 
et la volupté n'y fleurit que d'un excès de sentiment. C'est 
le charme de l'Ile de France... 

Nous sommes ainsi faits, Francine : une beauté rigide 
nous étouffe, et sans la grâce elle ne saurait nous émouvoir. 
Les spectacles désordonnés de la nature en imposent, mais ils 
ne peuvent nous parler. On ne respire pas aisément sur les 



134 




montagnes, la mer m'a toujours paru monotone, et la seule 
idée du Niagara ennuie. Mais le moindre vallon où vous 
aurez passé, chère Francine imaginaire, en conserve à jamais 
je ne sais quel sillage poétique et parfumé, qui nous le rend déli- 
cieux. Ainsi la pelouse où Nerval " sur une grande place verte 
encadrée d'ormes et de tilleuls " voyait danser en rond des 
jeunes filles et donna à la belle Adrienne cette couronne qui fit 
pleurer Sylvie. J'ai eu la mienne, dans le temps ; c'était au bord 
du Sausseron, qui coule à Nesles. Le ciel y est fin, sensible, 
un peu triste parfois, mais si léger à respirer ! De modestes 
coteaux enserrent sans l'emprisonner ma vallée paisible : on y 
vit sans effort, et la vue y a toujours quelque coulée aérienne 
sur quelque nouvel horizon, où la pensée fuit. Ici, c'est un 
village, avec ses toits de tuile ; là une vieille ferme... un peu 
plus loin, une chapelle perdue dans les bois. Mais tout cela 
— petite ville riante, à cheval sur la rivière, long rideau de 
hauts peupliers au bord d'une route, lointains bleus ! — si 
mesuré, si humble, si à sa place ! Vous vous promenez, vous 
voulez rêver, seul, sans être distrait de votre amour, de votre 
chagrin : ce doux paysage s'efface. Il ne s'impose point, il n'a 
rien d'éclatant, de trop riche. Longtemps vous avez marché 
au milieu de lui sans l'apercevoir, tout en vos pensées. Voilà 



i35 




que vous levez les yeux : il vous sourit ; vous le regardez : 
il vous charme. Ces bois, ces courbes délicates du terrain, 
ces collines gracieuses, ce vent modéré dans ces arbres tout 
pareils à ceux que Watteau a mis dans les fonds de ses 
assemblées champêtres vous disent alors : " Mais oui. . . nous 
étions là I Mais nous respections ta rêverie, ô notre frère 
humain, et tu ne nous voyais pas. Maintenant viens plus 
près de nous, écoute nos voix mesurées... Auprès de nous la 
pire tristesse devient supportable et finit même par ressembler 
à du plaisir, le bonheur dure plus longtemps, la vie ralentit sa 
marche rapide. Ici le cœur s'épanouit... " 

Francine, il ne faut pas vivre comme des étrangers dans 
le monde, indifférents au décor qui les enveloppe, et le consi- 
dérant sans sympathie. Des fils secrets nous lient à toute 
chose, et c'est aux poètes qu'il appartient de nous les décou- 
vrir. Vous le sentez confusément, dans votre jardin^ et quand, 
à minuit, accoudée à votre fenêtre et mesurant l'espace 
immense où tout se confond, respirant l'odeur du chèvre-feuille 
qui semble l'haleine des nuits, vous envoyez en souriant un 
baiser au rossignol qui va chanter — non, vous n'êtes pas ri- 
dicule. Ou bien nous le sommes tous les deux. 

Emile HenrïOT. 



i36 




LE FRUIT VERT 

Manteau pour le soir 



Ciazclle du Bnn Qpnrp.. AT c 




LES BEAUX BRAS 




N ce lit de repos où il vous 
recevoir, vous êtes belle assu- 
rément, madame. Mais je 
voudrais vous dire pourquoi. 
Kt las de louer vos yeux et 
votre visage, ainsi que votre 
long pied léger, par-dessus toutes les beautés 
de ce " corps féminin qui tant est tendre ", je 
louerai en vous, même immobile, la beauté 
du mouvement. Il faut donc que je chante 
d'abord celle de votre bras. Chose admirable, 
songez-y, qu'il vous suffise de déplacer à 
peine votre épaule ou la main pour trahir 
au regard la nuance de vos pensées ! 

Qui reposait tout à l'heure infléchi sur 
le coussin moelleux c'était votre bras droit, 
pareil à celui de la Danaé de Naples. Aucun 



plaît tant de 




iS 7 




peintre n'a jamais peint le bras féminin avec 
plus de bonheur que le Titien. Vous vous êtes 
soulevée, toute rose, parce que je faisais de 
vous un tel éloge, et d'abord vous avez porté 
sur votre bras, le même, tout le poids de 
votre être, à peu près comme la belle personne 
qui représente Y Amour profane, puis, touchant 
vos cheveux, et ressemblant déjà à l'une ou 
l'autre des Vanités, vous avez jeté sur un 
lointain miroir , parfaisant la ressemblance, ce 



beau regard variable : inquiet, clairvoyant, 
heureux avant que de se perdre dans une 
rêverie. 

Et je me suis pris à rêver moi-même, 
songeant amèrement que je ne vous verrais 

jamais les bras de 




la ^Madeleine repentie 
(qui est à Florence), 
refermés sur sa 
beauté. 

Mais vous 
m'avez fait signe 
que non, vous 
m'avez dit que vous 
vouliez une parole 
plus utile, puisque 
c'est aux femmes de 
Botticelli qu'il vaut 
mieux vous comparer, comme cette 
héroïne de M. Marcel Proust. 
Ecoutez -moi, pourtant ! Ni cette 




i38 




Danaé que je disais ni! 'Antiope du Louvre 
ne sont si grasses que le goût que vous 
avez avec tout notre siècle se doive 
alarmer, et la hanche a bien chez elles 
cette ligne effacée que vous préférez. 
Considérez aussi qu'il se pourrait un jour, 
et plus tôt que vous ne 
croyez, peut-être, qu'une 
variation de la mode vous 
donnât un autre goût : 
d'une beauté plus 
épanouie et, pardonnez- 
moi, plus divine. 
Alors le Titien vous 
sera un répertoire 



inégalable, 
dont vous 
me remer- 
cierez, si 
vous vous 
rappelez 
encore que 

j en fus l'inventeur. Alors, comme aujour- 
d'hui, la terre n'ayant pas cessé de tourner, 
vous prendrez le même plaisir, Eve, à 
draper d'étoffe le beau bras que voilà, 
à le laisser deviner sous le voile, à le 
cacher dans la gaine d'un riche manteau, 




i3g 





à imaginer, pour dire 
enfin le petit mot que 
vous attendez, la belle 
forme d'une manche. 
Cœur avide, vous ne 
vous contentez pas d'une 
seule, au dessin arrêté 
une fois pour toutes et 
servant à toutes fins ! 
C'est de mille manières 
qu'il vous plait de le 

vêtir, ce bras sans défaut, ou 

de le laisser paraître comme 

Dieu vous le donna. 
Quand vous 

le couvrez vrai- 



ment, vous voulez 
que ce soit d'une manière imprévue, si pos- 
sible, et qui satisfasse à plusieurs conditions 
apparemment contradictoires, comme d'étonner 
tout le monde sans choquer nul connaisseur, 
et de bien dérober le plus souvent ce qui doit 
pouvoir soudain jaillir, nu comme un bijou, 
libre, flexible et charmant, "poly, souef, si 
précieux". 

. . . Pour ne plus rien dire de la main 
parfaite, semblable (vous voyez que je songe 
à vous plaire) à celles que dans le Printempj 
de Botticelli deux des trois Grâces joignent 
en dansant. 

Eugène Marsan. 




140 




Looe pour les Courses, de Béer 



iV* 5 de la Gazelle 



Juin 1920. — PL J5 




^ 



jLJu sable, de la volupté, de la 



mer 




A. Mer! Dans son enthousiasme romantique, Michelet 
prétendait que nous en venions tous. 
Ce n'est peut-être pas la raison pour -<c\ 

laquelle beaucoup d'entre nous ont (0^ -^ 

envie d'y retourner dès le commen- V"i <> 

cernent de juillet ; certainement il y 
a des motifs peut-être moins profonds, 
mais plus plausibles à cette attirance. Et cette jeune femme 
qui nous faisait cet aveu naïf : — « J'aime la mer parce 
que c'est une très belle salle de bain avec beaucoup de 
monde autour » ■ — ■ cette jeune femme nous livrait un argument 
qui vaut bien les autres, et pour lequel Amphitrite, épouse 
de Neptune comme on nous l'a appris dans notre enfance, 
aurait bien tort de se fâcher. Les jours où elle se met 
en colère, espérons que c'est pour des causes plus valables 
et moins subtiles. 

Mais, à bien y réfléchir, d'où vient cette habitude de s'ins- 
taller en groupe au bord de la mer et pourquoi là plutôt 
qu'ailleurs Nous pensons que la première fois cela dut se 
faire de la façon suivante : d'excellentes gens étaient partis à 
l'aventure et marchaient droit devant eux ; nous ne savons \ 

s'ils étaient décidés à aller très loin, mais à force de marcher -^& 



I i 



Mi 




ils arrivèrent jusqu'au rivage, et comme 
ils n'avaient pas de barque ils furent bien 
forcés de s'arrêter. Le sable était fin, le climat 
était doux, tempéré, l'air agréable et sain; ils 
restèrent là quelque temps après y avoir 
planté leur tente et dressé quelques cabines 
de bois pour les protéger, la nuit venue, 
contre les rigueurs du large. Ils ne furent 
chassés de cette douce villégiature que par les 
intempéries, qui étaient revenues avec l'approche 
de l'hiver, et le besoin de subsister en travaillant, 
car ils avaient peu à peu mangé les 
réserves nécessaires à leur expédition. 
Pourtant, comme ils s'étaient trouvés 
très bien sur ce sable et devant cette eau, 
ils y revinrent l'année suivante, vers la 
même lune, et y demeurèrent tout de même. 
Les jeunes femmes avaient pris l'habitude 
d'aller le matin livrer leurs corps aux vertes 
caresses de Nérée, les hommes allaient recueillir 
au fond des mares des bêtes savoureuses 
à manger et, l'après-midi, les uns et les autres 
jouaient à des jeux où ils exerçaient leurs corps souples. 
Les bains de mer étaient créés ; il n'y manquait ni la 
tente, ni la cabine, ni les distractions. Il est vrai qu'il y 
manquait encore le baccarat et le cinématographe 
à l'heure du bain, mais l'ingéniosité des humains est 
telle que ces éléments, indispensables à la prospérité 
et à l'agrément des plages, ne tardèrent pas à y être 
installés. 

Notre explication vaut ce qu'elle vaut, mais elle 
a le mérite d'être très naturelle. En somme, quand 
nous allons à la mer, nous marchons jusqu'à l'endroit où nous sommes 
bien forcés de nous arrêter, où l'eau clapotante semble dire raison- 
nablement au train ou à l'auto : « Cela va bien comme cela, je ne 
vous conseille pas d'essayer d'aller plus loin», et nous descendons. Et si 
chaque matin nos femmes, nos amies, nos sœurs, nos maîtresses essayent 
d'aller un peu plus loin, après s'être préalablement déshabillées et avoir 
revêtu un costume qui ne les gêne pas dans leurs mouvements, elles vont, 




J** 



»^*»-' 



3>r^ 



142 



en effet, toujours un peu plus loin dans l'inquiétante 
coquetterie et la provocante nudité, mais guère dans 
l'océan, et elles reviennent bientôt sur la terre, leur 
véritable élément, et qui est vraiment douce et fine 
en cet endroit où elle semble à sa naissance. Ces 
nymphes s'y allongent, comme de petites reines dédai- 
gneuses, et demandent au soleil de les sécher lentement, 
de leur faire une peau brune et ferme. Puis, dans une 
de leurs mains, négligemment, elles prennent une poignée 
de sable qu'elles laissent couler peu à peu entre leurs 
doigts menus, pour montrer à ceux qui les contemplent 
le symbole du temps nécessaire à la conquête de leur 
cœur (lorsque le sable est tout à fait retombé, avant 
la fin de la saison, l'œuf est à point). 

Quand la mer a recouvert de son manteau toutes 
ces blanches épaules, tous ces corps qui s'offrent avec 
de petits frissons, elle a fait d'un même coup toutes 
ces âmes semblables ; il n'y a plus de libertines, d'in- 
génues, de vierges, sous le flot il n'y a que des femmes 
ressentant l'étreinte forte et totale de l'onde. Si elles 
ressentaient en outre l'ivresse de la dissimulation 
physique, elles y demeureraient longuement ; mais, 

par un grand jdésir de se 
elles n'y restent pas ense- 
qu'aux épaules, émergent 
torse, ou bien taquinent de 
du pied la traîne blanche 
Et pour être 



travaillées 
montrer , 
velies jus 
de tout leur 
la pointe 
et bleue de 



-• ~ ! 




S 




\/V 




Parfois elle 
chanson des 
et regardait 
nacres si elle n'allait point y 
leuse, celle qu'y déposa 
tomber une larme, un 
Cette jeune créature 
lèvres avaient le goût 
Non, ce n'était pas 
l'avons rencontrée. 



ressorties de la sorte, aux yeux de tous, 
elles sont tout de suite et si rapidement 
redevenues ce qu'elles étaient, physique- 
ment et moralement, que cela n'est même 
plus une distraction de le chercher, 
et que c'en est dérisoire de facilité. 
Entre tant de beautés, nous 
n'en avons connu qu'une qui aimait 
beaucoup la mer et l'aimait comme 
on doit aimer : en secret. Souvent elle 
allait s'y plonger à l'heure où les ombres 
la préservaient des regards, ou bien encore 
elle s'allongeait à l'abri d'une petite baie, 
toute seule, loin des humains, et se laissait 
caresser par les vagues jusqu'à temps 
que les plantes marines, le glauque 
varech et tous les fucus pélagiens lui aient 
fait un vêtement d'algues ruisselantes. 

écoutait la 
coquillages 
au fond des 





découvrir la perle merveil- 
la déesse en y laissant- 
jour qu'elle était triste, 
était ardente et ses 
du sel. 
à D eau ville que nous 

Gérard BAUËR. 



M4 



Y E modem -<fty le 
avec lui, les 




houx et du gui, 
consciente de sa 
renoncer à la 
La bijouterie 
un commerce, et 
de ce temps ne 
à l'art. L'ouvrier 
artisan), d'un tra 
système Taylor, 
d'autre part d'in 
œuvre des soucis 
rudimentaires 
prix, les qualités 



ayant sombré et, 
bijoux inspirés du 
l'époque, comme 
stérilité, semble 
bijouterie d'art, 
devient en efïet 
un commerçant 
songe plus guère 
(qui n'est plus 
vail promis au 
n'a plus le temps 
dure dans son 
d'esthétique si 
qu'il soient. Le 
intrinsèques des 



métaux et des pierres tiennent lieu de style, et l'invention se 
satisfait du sertissage des poils d'éléphant. 

Il n'est donc pas étonnant que les gens de goût (il en est 
encore), demandent à d'autres civilisations ce que leur propre 
civilisation leur refuse, ni que les bijoux nègres, d'une naïveté 



145 



brutale, et les bijoux indous, chinois et japonais, taraudés 
d'une sensualité minutieuse, ne fleurissent en notre Occident 
desséché. 

Il n'est pas étonnant également que cet apport féconde 
certains de nos artistes en décoration minuscule, ni qu'un 
Roger Foy puise, dans l'étude des fétiches africains et des 
pendentifs de jade et d'ivoire conçus au plus profond de l'Est, 
les éléments d'une renaissance contemporaine de la bijouterie. 
Considérez tels pendentifs issus de l'ingéniosité de cet 

masque sévère et 

soulignent les yeux 

ceux de la bouche 

se figent en un 

d'idole barbare. L'île 

par Loti, surgit du 

ses falaises 

basaltiques ar- 

gigantesques 

ment anciens 

rels ont perdu 

tout souvenir 

et de leur culte. 

coupé selon 

extrême-orien- 

pagne très 

cette face 



artiste. Voici un 
creusé. Les rides qui 
clos, les plis du nez, 
stylisée en largeur, 
sommeil hiératique 
de Pâques, décrite 
Pacifique avec 
granitiques et 
mées des têtes 
de dieux telle 
que les natu 
maintenant 
de leurs noms 
Un cadre dé 
l'esthétique 
taie accom 
heureusement 




étrange endormie pour toujours dans l'énigme de quelle 
préhistoire. 

Dans cet autre pendentif moins sobre, moins pur, la 
sculpture s'affirme aussi barbare mais plus tourmentée, plus 
riche peut-être. L'imagination en rêve s'y donne libre cours; 



146 




une frayeur reli- 
gieuse dut cour- 
ber bien bas les 
fidèles primitifs 
devant cette tête 
aux oreilles dé- 
collées, surmon- 
tée d'une sorte 
de tiare dont 
on souhaiterait 
qu'une théogra- 
phie moins im- 
parfaite nous 
expliquât le sens . 
L'esthétique 
des pendentifs 
d'ivoire de 
Roger Foy est 
toute différente. 
Ici l'artiste nous 
convie à une 
volupté pure- 
ment rétinienne. 
Dans la tranche 
d'ivoire ajourée 
fantastiquement, 
la ligne blanche 
s'infléchit et se 
tord comme un 
caprice compli- 
qué. Mais un 



M7 





axe vertical coupe exactement par le milieu 
le pendentif et, la gauche répétant exacte- 
ment la fantaisie diabolique de la droite, 
une figure naît, presque harmonieuse. 
N'était cette symétrie, ces pendentifs 
mériteraient de s'appeler bijoux-Dada. 
N'y retrouve-t-on pas ces imbrications de lichens, gravées 
sur bois par Arp, et dont Francis Picabia aime à parer ses 
élucubrations dites poétiques? 

C'est par contre un humour carrément britannique 
qu'inspirent les broches et les breloques de Roger Foy. Là, 
l'artiste voulut rire et faire rire, et ses bijoux sont des bijoux 
de vacances, propres aux chandails et aux mèches folles. 
Métis grotesque des deux plus grotesques oiseaux : le pélican 
et le toucan, l'oiseau de Roger Foy se perche sur la broche ; 
il y médite ou se chamaille avec son frère, pour mieux faire 
rire la jeune fille qui le portera ou le regardera. 

Toute la fantaisie de ces bestioles ne m'empêchera pas 
de leur préférer les pendentifs barbares et hiératiques dont 
j'ai parlé d'abord, et que certaines robes ultra-modernes et la 
mélanophilie enragée de ce temps inviteront au voyage sur 

la houle calme des poitrines. T ta „„„.„„„ 

^ Jean dernier. 




L'OISEAU MORT 

I\oDe Tctiéco-Slovaque 



Gazelle du Bon Genre. — N° 5 



Juin 1920. — PL 55 




ODES TCBECO-SLOVAQUES 




OUS voyagions en Roumanie, l'année dernière. 
La Transylvanie, le Banat et le Torontal n'eurent 
bientôt plus de secrets pour nous. Nous étions 
là-bas en mission, comme tout le monde ; et si la 
Conférence de la Paix n'a pas tenu un meilleur compte des 
sérieuses observations que nous lui rapportâmes de ce périple, 
ma foi, il n'y va pas de notre faute. Revenant de ces contrées 
lointaines, nous nous disions d'ailleurs qu'il aurait mieux valu 
y envoyer une modiste que des diplomates : elle en aurait 
au moins rapporté de fort jolies idées pour nos belles dames. 
Nous nous souvenons en particulier d'un soir à Siliste, 
petit village perdu au milieu des rudes Carpathes ; ces 



149 




montagnes ont de belles gorges, et leurs habi- 
tantes aussi. Pour nous honorer, on avait 
convié un grand nombre de ces dernières ; et 
elles étaient venues dans leurs atours de fête. 
Elles dansèrent. Ce lut charmant. Elles 
dansèrent aux sons de la viole et du tdambulum 
les gracieuses danses de leur pays, la bora 
et Yinvertita, Yhatcgana, la romatia, auxquelles 
nous prîmes part, au milieu de ces robustes 
paysannes dont la taille est cambrée et l'œil 
merveilleusement noir... Elles étaient vêtues 
d'un petit corset 
de velours qui 
découvre au-des- 
sus des seins la 
chemise brodée 
de fils d'or et de 
beaux dessins 



colorés, dont les manches boufifem- 
tes dessinent d'abord les épau- 
les, très fidèlement, avant de 
s'évaser en larges plis, comme on 
en voit aux longues italiennes 
de Véronèse et du Titien. Leurs 
jupes courtes tombaient en mille 
plis bien droits, blanches, et sur 
lesquelles tranchaient devant et 
derrière des tabliers aux cou- 
leurs crues. Et sur le dos de 
ces belles filles flottaient les 
franges de l'écharpe de 




i5o 



soie noire dont elles coiôent leurs cheveux. 
Ily avait aussi des vieillards, poliment des- 
cendus des montagnes afin de recevoir l'étran- 
ger venu de si loin. Ils portaient une sorte de 
tricorne évasé, la petite veste courte, sans 
manches, ouverte sur la chemise décorée de 
broderies polychromes qui dépassait la cein- 
ture de cuir et ballonnait autour de leurs reins, 
à la manière d'un tutu. Quelques-uns n'étaient 
vêtus que de la touloupe antique, faite de peau 

de mouton, la 





laine en dedans, 
la peau en 
dehors. Des sou- 
taches noires 
couraient sobre- 
ment sur ce 
cuir longuement 
culotté ; sur la 
poche de droite, on lisait le nom 
brodé du propriétaire de ce bel 
habit ; et sur la gauche, la date 
vénérable à laquelle il avait été 
confectionné. 

Et nous, devant ces char- 
mants costumes, si grave s et si gais 
à la fois, nous avions honte de 
notre veston droit et de nos panta- 
lons dépourvus de style... Nous 
souhaitions que quelque peintre 
de chez nous rapportât quelques 



i5j 




modèles de ces vêtements si jolis, dont les 
éléments décoratifs pourraient être si aisé- 
ment utilisés pour le renou- 
vellement de nos modes 
X occidentales. 
Tout est heureux dans 
la façon que ces paysannes 
ont de s'habiller : riches 
couleurs, arabesques har- 
dies, formes amples au large dessin, variété 
de l'ornement, — quelle ressource pour nos 
amies parisiennes !.. 

Mais il paraît que c'estfait : elles seront 
désormais tchéco-valaques, bessara- 
biennes, moldaves et transylvaniennes, pour le plaisir de nos 
yeux et le contentement de leur fantaisie... 

Quel pessimiste assurait donc que nous avions perdu 
la paix? Voilà déjà la question des Balkans résolue ! Et 

rue de la Paix, justement. jéËŒSk tvt- 

.Nicolas 

BONNECHOSE. 





1Ô2 




UN PEU 



B EAU COU P 



Gazette du Bon Genre. — JV° 5 



Juin 1920. — PL. 54 




(c ^T 7~OUS avez vu des ciels oublieux de la terre, prodigieu- 
V sèment hauts, aériens absolument, illimités, sensibles, 
impressionnés à l'imitation des paysages de la mer, dont ils 
auraient, à la longue, enregistré puis reproduit l'image... . 

« Vous avez connu des eaux limpides où se reflète 
à des profondeurs vertigineuses le ciel, que l'on y découvre 
lorsqu'on se penche, avec ses nuées voyageant dans une 



i53 




coupe inversée comme en un autre 
azur... 

« Avez-vous entendu parler du 
désert à l'heure du soir, lorsque 
des teintes d'une délicatesse infinie 
apparaissent à l'horizon, et 
construisent aux yeux hallucinés 
des voyageurs de lointaines oasis, 
des cités étrangères, et des miroirs 
d'eau adorables et qui n'existent 
pas?... 

« Eh bien, vos robes transpa- 
rentes ressemblent au ciel et à 
l'onde et au désert vert. Elles ne 
s'interposent pas dans l'atmosphère 
mais s'y mélangent, et l'on voit à 
travers elles, comme à travers le 
corps astral des fantômes, les lignes 
des paysages et la beauté impéris- 
sable des choses. Plus de tache,*. 
Leur mode fut, jadis, une nouveauté. 
Aujourd'hui nos cœurs sanglotants 
du désir de la douceur réclament 
moins d'ingéniosité, plus de ten- 
dresse, d'humilité. Il faut revenir 
à la nature jusqu'à se confondre 
en elle, comme les hamadryades 
et les nymphes des branches 
et des sources, dont l'on ne 
pouvait savoir à quel point elles 
étaient des femmes, ou bien 



154 



les branches et les sources 
mêmes. » 

— « Halte-là, monsieur le 
poëte, et voudriez- vous sérieu- 
sement nous métamorphoser 
en arbres et en fontaines ? 
Quelle belle raison, je vous 
prie, d'aller cher- 
cher le ciel et la 
terre, et le désert 
qui est si bien où 
il est, à propos de 
trois ou quatre 
petites robes de 
rien du tout, nulle- 
ment habillées, 
légères à porter 
pendant les jours 
chauds, et remar- 
quables seule- 
ment (ce que vous 
n avezpas aperçu) 
pour ce qu'elles 
opposent le clair 
et le foncé, ce qui 
n'est pas la mort 
de César. A ce 
propos, vous ne 
savez pas com- 
bien vous pouvez 
être pénible avec 




i55 



vos comparaisons qui ne se rapportent pas clairement au 
sujet et qui risquent (celle du désert en particulier) de 
froisser la dignité des personnes. » 

— « Il est vrai. Le lyrisme nous habite comme l'insecte 
transformé, et qui promène ses pattes sur les parois de sa 
prison. Tout à l'heure il s'envolera sous une forme éclatante... 
Non, madame, ce n'est pas d'un hanneton que je veux parler.. . 

Marcel Astruc. 



- 





I 



'avais un certain plaisir à entendre un ami me dire l'autre jour : " Les 
snobs, ceux qui suivent aveuglément le bon ton ne savent pas découvrir 
eux-mêmes l'objet de leur convoitise mais vont presque toujours vers les 
meilleurs guides. S'ils n'ont, par exemple, pas de sens esthétique, au moins 
savent-ils reconnaître les hommes de goût. Ils ont en cela un instinct assez 
sûr. Le snobisme se constitue le défenseur de l'art contre les entreprises d'un 
divertissement vulgaire. Il s'efforce et redresse ceux qui s'abandonneraient. 
Louons-le et préservons-le. " La remarque est juste et je crois qu'un pro- 
vincial très ignorant, venant à Paris le mois dernier, au lieu de faire la 
tournée des Grands-Ducs dans les restaurants de Montmartre, aurait, grâce 
au rayonnement et à la force du snobisme, commencé par aller au théâtre du 
Vieux Colombier. 

Heureusement pour notre provincial ce théâtre a dépassé la période des 
tentatives dangereuses. Il y règne, à présent, une certaine atmosphère de 
sécurité de rive gauche. Ses premiers partisans se perdent maintenant au 
milieu d'un public qui, pour n'être pas toujours aussi averti, n'en est que plus 
nombreux et empressé. Parmi les auteurs que représente cette scène, il y a 
des chefs d'école, célèbres depuis peu, et qui, pour cela, font prime. On sait 
et on sent dans la salle que les dirigeants de la maison ne sont pas des 
profiteurs de délassements parisiens. On n'y remarque aucune frivolité, 
mais une complète " honnêteté " qui se juge très loin du Boulevard. Il ne s'y 
trouve pas un acteur célèbre, les ouvreuses n'y sont ni désabusées ni 
impertinentes. C'est le théâtre " littéraire " par excellence. Les gens aiment 
qu'on les y voit pour des raisons différentes de celles qui les poussaient à 
vouloir être vus à l'Opéra il y a longtemps, aux Ballets Russes, les années 
dernières, au Cirque toujours ; car n'oublions pas que derrière les " amateurs 
véritables il y a de réels " amateurs " reconnaissables à ce qu'ils ont toujours 



i5 7 




~~-.e*L ccxa^loo^^ 1>jl S'oJjtUz _5 Cucrt&rvoJèsaX^ 



payé plus cher que les premiers, et qui forment entre ceux-ci et le public 
énorme, inerte, une couche transparente, ravissante, avantageuse, indispen- 
sable. Ce sont les snobs, les gens de l'Etat- Major (appelez-les comme vous 
voudrez). Je les ai revus au théâtre du Vieux Colombier, aux représentations 
du Carroéée du Saint-Sacrement et du Paquebot Tenacltyl 

Rien ne pourrait être plus ennuyeux, dans une pièce de théâtre, que 
l'atmosphère " brave ouvrier ". De même qu'à la scène nous trouvons puérils 
les milliardaires, qui, dans d'incroyables bureaux d'acajou, brassent des 
affaires colossales, fument des cigares comme des obus, et, d'une façon générale, 
tout ce qui veut être d'un peu trop près le reflet fidèle de la société moderne 
(combien de personnages romantiques et faux, acceptables au cinéma, nous 
sembleraient grotesques au théâtre), de même il y a pour moi une gêne et 

un ennui à contempler sérieusement comme 
personnage " l'acteur bon ouvrier", comme 
décor, l'estaminet. Cette envie de rire, puis 
de partir que donne, d'ailleurs, souvent la 
copie sérieuse de la vie au théâtre est une 
chose étrange et assez nouvelle. Nous deve- 
nons intransigeants sur la question de la 
fausse ride, de la fausse barbe (surtout bien 
faites) qui veulent se faire passer pour vraies, 
et l'on finit par trouver le maquillage et la 
personnalité du clown, qui ne veulent rien 
dire, bien plus suggestifs. Un jour, le théâtre 
où n'entrera pas surtout la fantaisie devien- 
dra peut-être aussi morne et démodé que 
les charades et les tableaux vivants. Il faut 
d'autant plus féliciter M . Vildrac d'avoir 



Q)cy- siAjJô-OrVbtmx 




i58 



fait une pièce sincère et émouvante dans ce décor trop 
" vrai " et d'avoir même écrit, au second acte, une 
scène de griserie, qui est une des plus jolies choses 
de la comédie psychologique contemporaine. 

Bien qu'une Espagnole désabusée et charmante 
m'ait affirmé qu'au Pérou " ça n'était pas du tout 
comme ça * j'ai pris un rare plaisir au " Carrosse du 
Saint-Sacrement ". C'est peut-être parce que c'est 
tellement " comme cela " partout ailleurs et que le 
" Pérou " ne vient là que comme une écharpe multi- 
colore. Pièce pleine de ton, ravissante chose qui se 
passe en plein sourire, chose bavarde, cruelle, riche 
de délicieuse ironie et d'arrière-pensée, comme son 
héroïne qui m'a paru le type parfait de la femme 
espagnole, comédienne, orgueilleuse, sans aveu, reli- 
gieuse (Je n'ai jamais été en Espagne). 

La pièce est remarquablement jouée par Copeau, d'une maîtrise et d'une 
distinction parfaites, et M 11 ' Teissier dont la bienheureuse beauté ] fait 
s'épanouir jusqu'à la salle du Vieux Colombier. Allons I on pourra bientôt 
redire la formule appliquée jusqu'ici à un autre théâtre. On est toujours sûr 
de passer une bonne soirée au théâtre du Vieux Colombier. 

Le même provincial n'aurait pas manqué d'aller voir aussi Sarah 
Bernhardt dans Athalie. Il semble que depuis longtemps la grande tragé- 
dienne n'ait été aussi sublime. La transposition à laquelle elle est obligée, 
pour remplacer les mouvements qu'elle ne fait plus, a enrichi la couleur de 
l'interprétation, la mimique et la voix. C'est un oracle divin qu'on écoute et 

Sarah semble désormais éternelle dans son 
immobilité. Il fallait cette présence merveilleuse 
du génie dramatique, ce don prodigieux de 




_ . vijOJVJuJb 




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/VXO-Tjé/TVO 



iÔ9 



savoir donner à une toute petite phrase une forme inattendue et définitive, 
cette façon négligente et toute simple d'encadrer ces vers qui encombraient 
notre mémoire de leur embarrassante solennité, pour animer cette tragédie 
morne et froide comme un procès, comme une caserne. 

Avant que Sarah ne fût entrée en scène, j'ai eu constamment devant les 
yeux l'image du lycée. Je nous ai revus tous, nouvelles et mélancoliques demoi- 
selles de Saint-Cyr. J'ai revu le préau, le proviseur et ce purgatoire de pous- 
sière et d'encre traversé de soleil inutile qu'était la retenue du ieudi matin. 

Cette pièce donne à tous ses interprètes l'air de collégiens désespérés. 
On ne peut pas croire à la barbe blanche et à l'âge vénérable de Joad, à la 
félonie de Mathan, à la virilité et à la droiture d'Abner (" ce faux brave 
homme, qui, à la fin, tend un piège ignoble à la reine "), me disait Sarah 
Bernhardt, et qui a l'air du dompteur d'un troupeau de moutons. Mais, tout 
à coup, Sarah entre en scène. Bien des gens étaient venus l'entendre comme 
ils vont voir à la gare Dauphine le président de la République souhaiter la 
bienvenue au roi d'Angleterre. Dès qu'elle fut devant eux, ils ressentirent 
cette fierté ambiante propre aux spectacles patriotiques où l'on se sent peu à 
peu entrer dans le jeu et tenir un rôle digne et silencieux, comme au défilé 
d'un régiment avec son drapeau ou à l'audition de l'hymne national. Elle se 
reposait en souriant sur le cœur de son public qui, devant elle, éprouvait 
cette contagion facile mais violente que, seuls, savent communiquer aux 
auditoires les vieux triomphateurs d'un pays. 

Jacques POREL- 




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J'aime à voir FENESTREiS se découper 
comme sous le ciseau 

crissant des ]7 'J 1 CREVÉS hirondelles, 
parmi le ve lours d'un ciel 

gris, ces lo sanges d'azur 

qui ressemblent aux "crevés" d'un costume médiéval. Nos 
couturiers, qui n'ignorent plus Mallarmé, goûtent également 
Ceé grand* troué bleud que font méchamment Le* oiseaux... 

et s ingénient aujourd'hui à les imiter dans leurs créations 
nouvelles : un caprice de la mode préconise l'ajourage 
du vêtement. On pratique sur les manches des vasistas 




monade leibnizienne, laquelle 
" n'avait pas de fenêtres sur le 
dehors ". 

M'est-il permis de voir un 
signe des temps dans cette fan- 
taisie dont la frivolité n'est qu'ap- 
parente. Les doublures sont 
lasses de leur rôle effacé. 
Le délire bolchevique s'est 
emparé d'elles, et voici 
qu'elles veulent tenir la 



quadrangulaires. Le 
manteau s'agrémente 
de hublots, par ou 
la blouse prend vue 
sur le large. Si j'osais 
introduire le jargon 
philosophique dans 
cette affaire, je dirais 
que la robe de cet 
été s'efforcera de ne 
plus ressembler à la 




place qu'occupaient 
jusqu'ici les étoffes de 
race. Un vent de 
vanité souffle à tra- 
vers le monde des 
chiffons. Le corsage, 
ce m'as -tu vu, se 
plaint du manteau 
qui le cache. Demain, 
nous entendrons à son 
tour la chemise élever 





ses revendications, et les arbitres déci- 
deront qu'elle se portera par dessus la 
robe. On assiste, — et c'est un phénomène 
social dont l'importance n'échappera pas à 
nos Parisiennes, — à une irrésistible pous- 
sée des tissus sous-jacents. Déjà les grandes 
maisons composent avec ces puissances 
redoutables. On ménage dans le manteau 
des fentes, des judas, par où la robe peut, 
si je puis parler ainsi, passer le bout du 
nez ou montrer patte noire. On découpe le 



i63 



taffetas comme une plaque de zinc, et la soie de la chemisette 
se pavane par les interstices. Le costume a l'air ainsi d'un 
journal mutilé par la censure. 

Je me rappelle une bien belle aventure. Un sultan de mes 
amis faisait, devant quelques intimes, danser à sa favorite 
Karsavinala danse traditionnelle des sept voiles. L'exécutante, 
on le sait, est revêtue de sept tuniques gigognes, et à chacune 
des sept figures de la danse se défait de l'une d'entre elles. 
La danseuse achevait la septième figure et apparut toute nue. 
Nous applaudîmes. Le sultan charmé battit des mains, puis, 
avec un accent câlin mais impérieux : — Encore ! fit-il. 

Sur cette injonction, un bourreau en frac s'avança et 
se mit en devoir d'écor cher la ballerine. 

Comme la mode actuelle v^pf paraît timide aux 
poètes et aux volup / ry^9my tueux ! A nos yeux 

platoniciens, la nudité /C *^ même est trop ha- 

billé e,l'épiderme est en A Vli^ \ coreunesuperfluité... 

Les couturiers com Éx sA . \ prendront-ils ce raffi- 
nement suprême ? Jf Georges- Armand 

Masson. 




164 




Rolbes d'Eté, de Dceuilleé 



Gazette du Bon Genre. — N° ç 



Tuin 1Q2Q-— PL 16 




VOYONS CETTE RÉVÉRENCE. 

Lobe a après-midi et robe d'eniané, Je Jeanne Lan vin 



N° 5 de la Gazelle 



Juin 1920. — PL J7 




LA BELLE 

iBLoibe cl été, a-à Paul Loiret 



N' 5 de la Gazette 



Juin 1920. — PL jS 




UNE ROBE DU SOIR DE WORTH 



2V° 5 de la Gazette 



Juin 1920. — PL y g 



D'UNE 

Loge d Actrice 



par 



Sue & Mare 




EXÉCUTÉ PAR 
L A COMPAGNIE 
DES ARTS FRANÇAIS 



Gazette du. Bon Genre. — N° 5 



Juin 1920. — Croqulà de XXV à XXVII î 




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juin 1^.JètoauirJ?36 



EXPLICATION DES PLANCHES 



PI. 3s. — Un manteau du àoir en " peliààa ". Leà mancbeà dont extrêmement vaàteà et baààeà . 
Une broderie d'or court Le long de L'encolure et deà mancbeà. 

* 

PI. 33. — Cette robe d'aprèà-mldl eàt inspirée deà coàtumeà populaireà tchéco-àlovaqueà. La 
jupe eét en organdi ; le petit coràelel en velourà noir. Et deà pomponà et deà broder ieà en Laine rouge 
ornent le coràelet et la robe. 

PI. 34. La jeune fille qui eàt aààiôe porte une robe en mouààeline blanche à fleura ; àon 
coràage eàt en taffelaà noir, et une bande du même laffetaà fait Le tour de àa jupe. La robe de La 
jeune fille qui àe tient debout eàt en foulard blanc a deààinà, avec un biaià d'organdi blanc au 
coràage et autour deà mancbeà. 

PI. 35. — Robe pour leà Couraeà, de Béer. Elle eàt d'un àatin noir, et garnie de dentelle et 
de tulle brodé de motif à cbinoià. 

PI. 36. — Deux robeà d'aprèà-midi par Dœuillet. Celle de gauche, en crêpe georgelte bleu 
marine, eàt garnie de rubanà en ciré noir. Elle à' ouvre un peu, àur leà cotéà, àur un fond en crêpe 
georgette rouge pompéien. Celle de droite eàt en foulard bleu a deààinà blancà. Jupe pliààée. 
Chemiàette à mancbeà courteà en organdi blanc. 

* 

PI. 3j. — Une robe d'aprèà-midi en taffetaà noir brodé d'arabeàqueà. Le col et leà mancbeà 
àonl en linon brodé ; le tricorne eàt en tafetaà noir Liàcré de rouge. Et une robe d'enfant en organdi 
blanc avec une ceinture de ruban ; la capeline eàt d'organdi blanc et eàt garnie 3e roàeà. Ceà deux 
robeà àont de Jeanne Lanvin. 

PI. 38. — De Paul Poiret, une robe en mouààeline imprimée noir et roàe ; la collerette et leà 
mancbeà àont en organdi 

PI. 3g. — Cette robe du àoir, de Worlb, eàt un drapé en lamé argent àe terminant en une 
Longue queue en pointe. BretelLeà en Lamé argent. Un motif en perleà retient, par devant, leà plié 
de la robe et leà drape. 

Croquis de xxv à xxvm. — Aménagement d'une loge d'actrice, par Siie et Mare, exécuté 
par la C ie des Arts français : Croquis xxv. La glace, en bronze et émail. — Croquis xxvi. 
Le tabouret, en poirier noirci, et leàcacbe-clouà de la tenture. — Croquis xxvn. La coiffeuàe ouverte 
(poirier noirci; intérieur gainé en galuchat). — Croquis xxvm. Enàemble de la Loge réuniààanl La 
coiffeuàe, Le tabouret, et la glace. La coiffeuàe eàt poàée àur une table gigogne en poirier noirci, danà 
Laquelle rentre la tablette àupportant, à gauche, un vaàe, ainàique le tabouret. La coiffeuàe ed 
donc une pièce a part, qui peut à' enlever, àe mettre danà une gaine, et former ainài une trouààe indé- 
pendante, pour le voyage. 

Imp. Studium. Marcel Rotlembourg, Gérant. 



DU 



Bon Genre 



DU 



Jjon \j 



enre 



ARTS, MODES 
FRIVOLITÉS 

LUCIEN VOGEL, Directeur. 
1920 

iome 1 






x ans 

AUX ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 
24, Rue du Mont-Thabor, 24 



TABLE DES MATIERE 

PREMIER SEMESTRE 
(Janvier a Juin 1920) 

© ® ® 
TABLE DES ARTICLES 



Page. 

A LA RECHERCHE D'UN NÉOLOGISME Marcel ASTRUC. 5 7 

Dessins de PIGEAT. 

AU CIRQUE Jean-Louis VAUDOYER. 53 

Dessins de Jean GALTIER-BOISSIERE. 

AVANT-PROPOS Henry BIDOU. 

Dessins de SUE. 

BEAUX BRAS (Les) Eugène MARSAN. i.? 7 

Dessins de BENITO. 

BŒUF SUR LE TOIT (Le) 68 

Dessin de BENITO. 

BIJOUTERIE FÉTICHISTE Jean BERNIER. M 5 

Dessins de Roger FOY. 

CHANT DU ROSSIGNOL (Le) ?? 

Dessin de Ch. MARTIN. 

CHILDREN'S CORNER LOUIS-LÉON MARTIN. 12Q 

Dessins de MAGGIE SALZEDO. 



DÉCOUVERTE DE L'ILE TORQUATE, DE SON INFLUENCE 
SUR LES TRADITIONS DU DANDYSME DANS LES VIEUX 
PAYS (La) PIERRE MAC-ORLAN. nJ 

Dessins de Ch. MARTIN. 

DE LA BEAUTÉ , Emile HENRIOT. Sx 

DERNIÈRES VOITURES Robert BURNAND. ,01 

Dessins de Jacques BRISSAUD. 

DES PAS SUR LE DÉTROIT. — DE COVENT-GARDEN A L'OPÉRA. 

Dessins d'André MARTY. Michel GEORGES-MICHEL. x3 

DES PIEDS ET DES MAINS . . LE DANSEUR INCONNU. 46 

Dessins d'André MARTY. 

D'UN ORNEMENT DU VISAGE LOUIS-LÉON MARTIN. 42 

Dessins de ZYG-BRUNNER. 

DU SABLE, DE LA VOLUPTÉ, DE LA MER . . . Gérard BAUËR. 141 

Dessins de Robert BONFILS. 

ELLES SE MAQUILLENT, ELLES ONT RAISON .... SYLVIAC. 86 
Dessins de MAGGIE SALZEDO. 

ETHNOGRAPHIE SOURCE D'ÉLÉGANCE (L'). — COIFFURES ET 

TATOUAGES PIERRE MAC-ORLAN. 5 

Dessins de Ct. MARTIN. 

EVENTAILS ET BRACELETS CÉLIO. 61 

Dessins de Georges LEPAPE. 

FASTE DU PRÉSIDENT ET LES ARMES DE FRANCE (Le). 

Dessins de LORIOUX. Jean de BONNEFON. 65 

FENESTRES ET CREVÉS Georges-Armand MASSON. 161 

Dessins de JAQUES. 

HONOLULU Jean BERNIER. 2 5 

Dessins de BENITO. 

JADIS A GOLCONDE ET MAINTENANT Marcel ASTRUC. 33 

Dessins d'André MARTY. 

KEES VAN DONGEN Jean-Louis VAUDOYER. 78 

Croquis de VAN DONGEN. 



LETTRE AU DIRECTEUR DU "BON TON" SUR UN VÊTEMENT 

INUTILE Nicolas BONNECHOSE. 49 

Dessins de BENITO. 

LETTRE A UN ENRICHI, AMATEUR D'AIGLES ET DE LYS 

HÉRALDIQUES Jean de BONNEFON. 21 

Dessins de LORIOUX. 

MANTEAUX POUR LA MER ET LAUTO Gérard BAUËR. n 7 

Dessins de ZYG-BRUNNER. 

MODE ET L'HISTOIRE (La) Emile HENRIOT. 83 

Dessins de Robert BONFILS. 

MODES TCHÉCO-SLOVAQUES Nicolas BONNECHOSE. 149 

Dessins de L'HOM. 

i83o Emile HENRIOT. 106 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

NATURE A PARIS (La) Marcel ASTRUC 69 

Dessins de Jeanne DUBOUCHET. 

PEINTURE ABSOLUE (La) Henry BIDOU. ô 7 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

POUR LES FILS DE FAMILLES . . Roger BOUTET DE MONVEL. 9 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

PREMIÈRE LETTRE A UNE ÉLÉGANTE MAROCAINE . . EL VEY. 7 3 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

PROJET D'ARMOIRIES DE LA RÉPUBLIQUE 65 

Dessin d'André MARE. 

PSYCHOLOGIE DE LA PARURE Georges-Armand MASSON. 109 

Dessins de BENITO. 

RAPPORT DE M. D'HOZIER, JUGE GÉNÉRAL D'ARMES DE 
FRANCE, A S. E. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE 
FRANÇAISE, SUR LA NÉCESSITÉ PRESSANTE DE FAIRE 
ENTRER DANS LA NOBLESSE MM. LES NOUVEAUX ROUÉS 
DE LA FORTUNE Jean de BONNEFON. is5 

Dessins de LORIOUX. 

RETOUR A LA TERRE (Le) CÉLIO. 17 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 



RÊVERIES SUR UN PAYSAGE Emile HENRÏOT. i33 

Dessins de LABOUREUR. 

ROBES - COIFFURES ET MANTEAUX A CAPUCHONS 2g 

Dessins de ROMME. 

ROBES DE L'ÉTÉ Georges -Armand MASSON. 89 

Dessins de MARIO SIMON. 

RONFLONFLONS Marcel ASTRUC. ia , 

Dessins de BENITO. 

SPECTACLES j acques POREL. x5 7 

Dessins d'André MARTY. 

TRANSPARENCES Marcel ASTRUC i53 

Dessins de MARIO SIMON. 

TROIS NOBLESSES DE LA CHAMBRE (Les) . Jean de BONNEFON. 9 3 

Dessins de LORIOUX. 

VOILETTES Nicolas BONNECHOSE. 97 

Dessins de BENITO. 



**L®&* 



TABLE DES PLANCHES HORS-TEXTE 



9 



N" Planckes 

ANTINÉA — George* Lepape 5 

AS-TU ÉTÉ SAGE ? — Pierre Briééaud 1 Q 

BASSIN D'ARGENT (LE) — Benito x 4 

BEAULIEU DANS LES FLEURS — Robert Bon/Il* 2 g 

BEAUX JOURS DE FEZ (LES) ou LA FATMA IMPROVISÉE. 3 16 

Bernard Boulet de Monvel. 

BELLE JOURNÉE (LA) — George* Lepape 5 58 

BELLE TORQUATIENNE (LA) — Cb. Martin 4 ' a5 

CENDRILLON — André Marly 4 2g 

DANCING — George* Lepape . . .' 2 12 

DOUCE NUIT (LA) — André Marly 2 l3 

ET PUIS VOICI MON CŒUR — Ch. Martin 3 l8 

ÉVENTAIL D'OR (U) — George* Lepape 2 10 

FÊTE EST FINIE (LA) — Pierre Brl**aud 4 J 

FLEUR D'OR (LA) — Zyg-Brunner 4 

FLEURS DU VOISIN (LES) - Robert BonfiU 3 

FRUIT VERT (LE) — Benito 5 

J'AI LE BOUT DU NEZ ROUGE ou UN MALHEUR VITE 

RÉPARÉ — André Marly x 8 

JOUERAI-JE ? — Pierre Brl**aud 5 35 

LES VOILA ! — André Marly 5 56 

LETTRE SURPRISE (LA) — Slméon x 3 

M elle PAULETTE DUVAL — Barjan*ky ! 5 

MADRAS JAUNE (LE) — Ch. Martin 

MIRAGE — Mario Simon 4 5l 

OISEAU MORT (L') — L'Hom 5 S5 



27 

32 



N" 


Planches 


A 


26 


3 


23 


3 


20 


2 


i5 



POISSON D'ARGENT (LE) — Maurice Leroy 

POUR LES PAUVRES — Pierre BrUéaud 

PREMIÈRES ROSES (LES) — Bernard Boulet de Monvei .... 

PRINTEMPS — André Marty 

REDINGOTE OU LE RETOUR AUX TRADITIONS (LA). ... 1 2 

Bernard Boulet de Monvei. 

RENTRONS — Pierre Briééaud 4 2 8 

RESPIRONS UN PEU — Pierre Briééaud 3 21 

ROBE DE WORTH — Bernard Boulet de Monvei 5 3 9 

TANGER OU LES CHARMES DE L'EXIL — George* Lepape. . . 1 7 

UN PEU... BEAUCOUP... — Simeon 5 34 

VIENDRA-T-IL ? — Pierre Briééaud 2 14 

VISITE (LA) — Pierre Briééaud 2 n 

VOUS AVEZ VU... CETTE PETITE... — Siméon 4 24 

VOUS NE SEREZ JAMAIS PRÊTS — André Marty 3 22 

VOYONS CETTE RÉVÉRENCE — Pierre Briééaud 5 3 7 



© © © 



TABLE DES CROQUIS HORS-TEXTE 



N" Croquis 

AMÉNAGEMENT D'UNE LOGE D'ACTRICE 5 xxv à mm 

Sue et Mare. 
MAQUETTES DE COSTUMES POUR LE " CONTE 

D'HIVER " — Fauconnet 2 ix à xvi 

MODES DE PRINTEMPS — Raoul Dufy x 1 à toi 

MODES D'ÉTÉ — Mario Simon 3 xvn à xx 

ROBES POUR L'ÉTÉ 1920 — Raoul Du/y 4 xxi k xxiv 



^©^ 



N° 6. ~ 1920 



jr* Année 



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CONDÉ NAST, PublUber 

19 WtJt 44 th. Street 

NEÏT-YORK U. S. A. 



PARIS 
LES ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 
LONDON GENÈVE 

THE FIELD PRESS Ltd. NA VILLE et C« 



-Les l^outuriers cités ci -dessous par 
ordre alpha béticjue ont contribué à londer 
cette V^-azette, ou lui apportent, en outre, 
avec leur collaboration, laide de leurs 
conseils. 

BEER ® © 
C HERUIT 
DOEUILLET 
D O U C E T 
L A N V I N 
P A Q U I N 
Paul POIRET 
REDFERN 
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«'^(P'fcw- v ^<<^5«'' ^(f"^*"- -^f 5 ^*?" < -*<? a î>«'- *^^ a %»?- ~~*<jT , ï>>e*' *^(Pb»f- "^(f**»^- 
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SOMMAIRE DU NUMERO 6 



Juillet 1920 3 e Au 



L'AGE DU LAQUE Henri DUVERNOIS. 

Dessins de Ch. MARTIN. 

LE PROLOGUE OU LA COMÉDIE AU CHATEAU (Hort-texte) 

par Pierre BRISSAUD. 
AH! MON BEAU CHATEAU Emile HENRIOT, 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

LES MARCHANDES D'ESPOIR . . . SYLVIAC. 

Dessins de Ch. MARTIN. 
REMORDS (Hors-texte) par Maurice LEROY. 

L'IMPOSSIBLE HALLALI P. L. 

Dessins de EYRE DE LANUX. 

HÉRALDIQUE D'ANGLETERRE. . . Jean de BONNEFON. 

Dessins de LORIOUX et CATTI. 

DJERSADOR DTSPAHAL CELIO. 

Dessins de SIMÉON. 

GROS TEMPS (Hors-texte) par ZINOVIEW. 

LE DIVAN DE VÉRONIQUE LOUIS-LÉON MARTIN. 

Dessins de Robert POLACK. 

AVENEMENT DES AMAZONES MAYOTTE. 

Dessins de BENITO. 



PLANCHES HORS-TEXTE 

LA SOUBRETTE ANNAMITE. — Robe du éoir.de DceuUlet. par André MARTY. 
ON T'ATTEND ! ■ — Robe d'organdi et manteau d'enfant, de Jeanne Lanvin 

par Pierre BRISSAUD. 
VOICI L'ORAGE! — Robe d'aprèd-midi, de Paul Poiret . par Georges LEPAPE. 

QUE VAS-TU FAIRE! — Robe du soir, de Wortb par DRIAN. 

APPELEZ URBAIN DE L'AVENUE DU BOIS. — Manteau du àoir, de Béer 

par Pierre BRISSAUD. 
UN STUDIO, UN COIN DE FEU, UNE CHAMBRE A COUCHER ET 
UNE CHAMBRE D'ENFANT. — (Quatre planches hors-texte) 

par Francis JOURDAIN. 



Coiffure par 

EMILE m 

24-25, Conduit Street 
LONDON W.i. 

^ 398-400, Rue 
% 'v m St- Honoré 

PARIS 





c^cjct, ~uxl r ??^cJ& 



xyrxcc 



t^tçyrX^^JQ^ 



Ckez MERCIER Frères 

Tapissiers-Décorateurs 

100, Rue du Faubourg Saint- Antoine :: PARIS 




On trouve les modèles des grands couturiers reproduits par la 

Gazette du Bon Ton 

chez 

E R C I E M c -E A R D Y 

3, Princes Street and 240, Oxford Street 
(OXFORD CIRCUS) LONDON W.l. 




Le Vieil Album île Ckansons 

GAVEAU 

Facteur de Pianos a Paris, 4^-47, Rue de la Boétie 




La Jeune Sibérienne (de Xavier de jjlaijlre)... 



. . . dans les 
Fourrures de 



W E I L 



PARIS :: 4, Rue Sainte-Anne, 4 :: PARIS 




LA VIEILLE FINE 



Flacons à 
Liqueurs 

de 




1, Rue de 
la Paix 

PARIS 



£td. 



LONDRES □ BIARRITZ □ NICE □ MONTE-CARLO 



LE COLLIER TÉCLA 



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le p écké à org 





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10 RUEq de îtla paix, paris 

7 OLD QBOND Q STREET, LONDRES 
098 FIFTH ÇaVE O NUE, NEW-YORK 

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°oo° 




jL r ô@e oTûT j^olo(iilo 



\ vez-VOUS des laques de Coromandel ? demandait un ama- 
-xTx. teur à une charmante ingénue. 

— Je vous crois î répondit l'ingénue. Elles sont même 
signées de lui î 

Il est de toute évidence que si l'on peut appeler l'époque 
i885, avec son style "atelier" aux pianos juponnés et aux 
chevalets drapés, l'âge de la Peluche et 1913, l'âge du Lamé 
or, nous vivons aujourd'hui l'âge du Laque. L'art chinois 
se porte énormément cette année. Des dames inofïensives 
jusqu'alors sont devenues collectionneuses. Elles ne craignent 
ni l'Hôtel des Ventes où règne cependant une douce odeur 
d'étable mal tenue, ni les boutiques suffocantes des pires 
brocanteurs, ni la Foire aux puces qui a l'avantage de se tenir 
en plein air et où l'on voit des gens très bien déguster des 
moules à la marinière et des pommes de terre frites arrosées 
du petit reginglard dit du « ravitaillement » . O Chine ! que ne 
commet-on pas en ton nom ! La porcelaine étant bien fragile 



i65 



Copyright Juillet 1920 by Lucien Vogel. Parié 




— ces domestiques ne res- 
pectent rien ! — le bronze 
\ étant bien chanceux, les laques 
font fureur. On se dispute des 
morceaux de bois sur lesquels les marchands affirment, la 
main sur le cœur, qu'il y a eu quelque chose, il y a trois cents 
ans. Des personnes qui n'ont rien à cacher, je vous le jure, 
cherchent avec frénésie des paravents du modèle le plus 
majestueux : douze feuilles et chaque feuille a trois mètres 
cinquante de hauteur. On en trouve de très gentils pour 
quatre cent soixante-quinze mille francs. C'est un chiffre 
admis, comme quatre francs quatre-vingt-quinze dans les 
magasins de nouveautés. Les modestes se contentent d'œuvres 
plus répandues et qu'il est loisible de se procurer contre une 
somme qui varie entre soixante et quatre-vingt mille francs. 
C'est, en général, la Réception au Palais reproduite par des 
générations d'artistes exquis et respectueux qui, se sentant 
incapables de créer un nouveau chef-d'œuvre, se contentèrent 
de copier celui-là. Vous le connaissez : des mandarins au 
sourire indulgent s'évertuent à un jeu qui rappelle le jeu 
de dames, tandis que leurs frêles épouses se promènent en 
devisant au bord d'un lac artificiel. Devant le palais 



166 




stationnent des 
et des chevaux 
danseuses. D 
en fleurs qui 
la sérénjté 

un P^||i^n^la^pla: 
appro:Arià& 
\si pariait^ qû 
Wux-ci se has< 

sont transcrits sur les^ petits panneau 
des bêtes apocalyptiques, d'un blanc 
sombre. Ce tigre, qui est peut-être un 
forme de serpents. Le dos de ce dra, 
aigùe\Ouel génie malfaisant a tour 
chien fabuleux? Ce porc-épic\puvre 
Les pincées de ce t\ énorme crabe ont 
d'oiseaux cle^proie qu^ s' affront eW... 

CommeritST amour\les laques^\non 
peints mais enc'oJeNde la matière elle-: 
ce goût qui porteNles^Chinoi^à estimer 
nue, mais impeccable, et\un 
jeté ses plus divines 
inspirations, comment 
cette passion si rare, 
si noble, si poétique, 
si artiste ont-ils pu se 
répandre à ce point? 
Mystère... La plupart 
des gens qui mènent 
l'existence d'un Parisien 



basses 

bes de 

arbres 

2jère. C'est 

vivre dans 

aune idée 

Le élégance 

clients si 

bjets qu'il s\ achètent, 

du bas. Là s^ tordent 

ivoire ou d'tin rouge 

at, a des sourcils en 

st armé d'une\ scie 

la tête dà ce 

hippopotame 

de deux becs 

sulement des laques 

i, soyeuse^ et glacée, 

3ut autant Vine table 

û. un artiste a 





ou d'une Parisienne de nos jours ne devraient-ils pas être 
épouvantés, quand ils rentrent chez eux, par l'ironie implacable 
de ce dieu de la Fécondité, par la grâce chaste de cette jeune 
prêtresse, par l'effroyable patience de ce dieu de la Mort? Vous 
voyez une grosse dame couverte de perles et qui vient de 
danser le fox-trot, coiffant un Bouddah de son horrible cha- 
peau, jetant ses bagues dans une coupe d'un bleu plus profond 
et plus rare que le saphir et se déshabillant, à la fin, devant 
les sages vieillards et les sublimes princesses du paravent ! 

Mais, comme dit Courteline, ça vaut mieux que d'aller 
au café. Ne croyez pas que cette rage ne fasse 
pas vivre quelques modernes. Il y a des accomo- 
dements avec l'art des fils du Ciel ; des répara- 
teurs font jaillir des planches à peu près nues qu'on 
leur apporte les plus délicieuses imaginations de 
la Chine ancienne. Et les temps vont venir où l'on 
admettra des laques français, représentant nos 

femmes, nos maisons et 
nos jardins, notre prin- 
temps et nos idylles. 

Henri DuVERNOlS. 





168 




LE PROLOGUE 



LA COMEDIE AU CHATEAU 



N° 6 de La Gazette 



Juillet 1920 - PI. 40 





- : "^^^v^g^ 



-^'r ; ^ 



Akî Mon Beau Ck 



ateau. 




DIEU, Céline... Il faut vous dire adieu, pour trois 
longs mois. Car tel est l'usage ridicule : venu 
l'été, voilà nos belles amies qui vont aux champs. 
— Moi aussi, d'ailleurs : mais hélas ! ce ne sont 
pas les mêmes... Et tandis que vous courez les 
eaux et les châteaux, il ne nous reste qu'une ressource, 
qui est de vous imaginer. Ma foi, Céline, c'est toujours 
penser à vous. 

Vous avez une bonne grand'mère, dans quelque 
province lointaine. Elle habite un petit château que je 
vois d'ici : posé au bord d'une pelouse, entre deux tours 
à poivrière, sous de beaux arbres bien portants. Dans 
votre chambre il y a de fines boiseries, une cheminée à 
rocailles, de rustiques carreaux un peu disjoints, et de 



169 



vieux miroirs embués auxquels d'innombrables dames, vos 
aïeules, ont souri comme vous, dans des temps très 
anciens. — Il y a aussi, dans votre château, — du moins 
;e me plais à le supposer — d'immenses greniers tout 
remplis de meubles désuets, où vous allez faire mille 
découvertes d'antiquailles, et des malles bourrées de robes 
d'autrefois, qui vous seront d'un fameux secours, lorsque 
vous donnerez la comédie, un soir, sur le petit théâtre. (Car il 
y a naturellement un petit théâtre dans votre château, fait 
tout exprès pour y jouer Musset ou Marivaux — Comme 
vous d'adleurs : n'avez-vous pas commencé, avec votre joli 
cousin, sous les grands marronniers ? ) — Enfin, au-dessus 
des douves verdies, où, le soir, chantent les rainettes, il y 





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aM^^àW^^AlAM 




«Wl \fcb/..* 



170 



a une balustrade. Vous vous y accoudez parfois, après le 
crépuscule : et là vous rêvez... A qui? De quoi? 

Peut-être a mol. . . peut-être à rien ? 

En tout cas, vous rêvez longtemps, le regard perdu 
dans la nuit immense, et devant toutes ces étoiles, vous 
nommez Aldébaran et Béteîgeuse, et aussi Vénus, mais non 
pas sans trouble. Et tandis que l'heure s'écoule, que la 
hulotte pousse son gentil cri plaintif à travers les branches, 
que votre sœur au piano confie ses secrets à Chopin — vous 
savourez pour la première fois, en vous taisant, dans les dan- 
gers de la solitude, les délicieux enivrements de la mélancolie. 

— Céline, il faut rentrer. Tu vas prendre froid... 

C'est votre mère, du salon, qui vous appelle. Descente 







brusque à la réalité. Justement le vieux 
baron des Epinettes, votre voisin, est 
venu passer, suivant sa coutume, la 
soirée au château. C'est le flirt de votre 
mère-grand, Céline. Il lui faut offrir 
des liqueurs, mademoiselle : tel est votre 
emploi. Puis poliment écouter les histo- 
riettes de ce bon monsieur qui vous 
tapotera la joue, avec un compliment 
d'un autre âge. Vous lui ferez la révé- 
rence, pour le remercier. 

Demain... Au fait ! De quoi demain 
sera-t-il fait ? — Demain, promenade à 
cheval, dès le frais matin. Messe 
à onze heures, au bourg voisin. 
Le tantôt, des jeunes personnes 
des environs viendront vous 
voir, à l'heure du thé, 
sous le catalpa. Croquet, 
ensuite. Puis la nuit tombera douce- 
ment; les brumes qui la précèdent et 
l'accompagnent s'élèveront sur la prai- 
rie; les rainettes se mettront à chanter 
dans les roseaux des douves, la hulotte 
à se plaindre. De nouveau vous cher- 
cherez Vénus dans le vaste ciel, accoudée 
à la balustrade... Et ainsi de suite. 

' Il se peut, ma chère Céline, qu'à 
l'automne vous nous annonciez vos fian- 
çailles. On ne peut pas toujours rêver. 

Emile Henriot. 




A*. 




172 




LES MARCHANDES D'ESPOIR 




lles pullulent en ce moment, car, ainsi que chacun le sait, les 
époques troublées sont particulièrement favorables à leur 
commerce. Or, nous vivons à une époque troublée. Beaucoup 
de gens n'ont pas l'air de s'en douter, parce qu'ils constatent 
qu'on s'amuse avec frénésie, mais ces observateurs superficiels 
ne se rendent pas compte que les fêtards sont généralement des tourmentés, 
et que, s'ils s'agitent, c'est surtout pour oublier leurs ennuis. En plus 
de ces brillants ennuyés il y a, pour le moment, les ennuyés moroses, les 
ennuyés furieux, les ennuyés préoccupés, bref les neuf dixièmes de l'huma- 
nité qui succomberaient sous le poids de leurs ennuis respectifs, s'ils 
n'avaient pour les secourir la merveilleuse et divine Espérance. 

Vieille et solide comme le monde, elle ne le quittera qu'à son dernier 
jour, heureusement pour nous. Elle se manifeste de mille façons, mais 
quand elle veut nous parler, elle emprunte la voix des devineresses qui 
nous font riches et heureux des choses futures, et nous vendent à bon 
prix le bienheureux mensonge qui nous aide à traverser les mauvais jours. 
Celui qui achète ces merveilleuses prophéties n'est pas toujours un fervent 
croyant ; souvent il se dit qu'elles ne seront peut-être pas exactes, mais il 
réfléchit qu'après tout elles pourraient l'être, et son optimisme ainsi renforcé 
aide à édifier son bonheur. Ne peins pas le diable sur le mur, car alors il 
viendra, dit un proverbe allemand. Peins la félicité sur ton cœur et dans 
ton esprit, elle finira par s'y installer, pourrait dire un proverbe de chez 
nous, où le bon docteur Pangloss est né. 

Hommes et femmes ont donc parfaitement raison, actuellement, d'aller 



i 7 3 



acheter du courage avec de l'illusion chez les pytho- 
nisses. Pourtant si les femmes avouent ces visites, 
les hommes se défendent de les faire, n'empêche 
que, bien avant la guerre, je savais un homme du 
monde que la nécessité avait forcé de devenir 
antiquaire, qui n'effectuait pas un gros achat sans 
consulter sa chiromancienne ordinaire, et un bour- 
sier qui, tous les jours avant de se rendre à son 
bureau, allait prendre l'avis de sa voyante. Vous 
me direz que ces précautions mystiques ne prou- 
vaient pas en faveur de leurs capacités et vous ne 
serez donc pas étonnés quand je vous dirai que ces 
deux personnages ont très mal fini. Néanmoins ils 
ont fait école, et, présentement, où le hasard et 
l'audace ont mis dans les affaires plus d'hommes 
que la science et le travail, la clientèle masculine de 
ces cabinets mystérieux ne fait qu'augmenter. Ce 
n'est certainement pas la galanterie qui l'y mène, 
car, à part quelques rares exceptions, la prophé- 
tesse garde le physique et l'antre de tradition. Si 
elle varie ses façons de faire, son aspect sordide ou 
repoussant reste bien celui de son aïeule la sor- 
cière. Elle habite dans un quartier misérable une 
maison galeuse, et si son mobilier est rarement 
propre, il est toujours affreux, mais cela n'est pas 
pour rebuter la clientèle, bien au contraire. De 
temps à autre, une de ces mystérieuses créatures 
devient à la mode, son étroite salle d'attente est 
encombrée de femmes appartenant à tous les mondes, 
au petit surtout, les clientes s'entassent devant 
sa porte qui refuse de s'ouvrir à cette affluence. 
Mais cette vogue ne dure jamais longtemps et pour 

majorité de ces prophétesses lit l'avenir 
dans des cartes crasseuses, et une 
minorité de cette majorité se sert de 
tarots plus crasseux encore dont l'as- 
pect vénérable et les signes cabalis- 
tiques frappent la cliente et 



x 7 4 






permettent de hausser les prix. Quelques-unes 
vaticinent en examinant les mains qui, elles et les 
bagues dont elles sont ornées, révèlent si facilement 
celles à qui elles appartiennent. D'autres se servent 
du marc de café dont les groupements capricieux 
dans l'assiette blanche préoccupent vivement la 
cliente, ces petits amas de poussière brune ne repré- 
sentant pour elle rien que d'informe. La devineresse 
y voit, au contraire, des spectacles grandioses : 
bateaux voguant sur les mers démontées, forêts 
courbées par la tempête, cathédrales, palais, dont 
on ne soupçonnerait pas la présence dans ces 
minuscules espaces. Pas plus d'ailleurs que dans le 
petit carafon, où un blanc d'oeuf, en diluant ses filets, 
nous montre des voyages mouvementés : trains 
luttant de vitesse avec des autos, avions emportant 
l'être aimé. A première et même à seconde vue, on 
n'y voit rien de tout cela, mais la force de per- 
suasion de la prophétesse est si grande, qu'on finit 
par apercevoir nettement ces engins avec tous leurs 
détails. Cette personne, souvent acariâtre, tou- 
jours prévoyante, ne consent à lire vos destinées 
dans le blanc du bel œuf que vous lui apportez, 
qu'après en avoir mis soigneusement de côté le jaune, 
qui servira au déjeuner de sa progéniture. 

La femme aux épingles est plus aimable, quoi- 
qu'elle vous annonce invariablement les querelles 
affreuses que vous aurez avec votre amoureux, elle 
atténue ces catastrophes en les faisant suivre de 
raccommodements délicieux et rémunérateurs, mais 
sa science se borne à prévoir des conflits amoureux 
car sa clientèle est exclusivement féminine, les 
hommes ne prenant pas au sérieux les accessoires 
dont elle se sert. Ils réservent leur confiance pour 
la classique cartomancienne ou la somnambule qui, 
d'un air égaré, supplie qu'on l'aide, quand ses phrases 
hachées ne sont pas accueillies avec enthousiasme. 
Une autre, qui a disparu, Usait le caractère des gens 
auxquels vous vous intéressiez, non pas dans leur 



i 7 5 



écriture ainsi que cela se pratique journel- 
lement, mais dans le linge qu'ils avaient 
porté. On pouvait voir sonnant à sa 
porte, de jolies personnes, dont le manchon 
ou le réticule laissaient échapper une jambe 
de caleçon ou un pan de chemise. Une voyante 
qui a connu la célébrité parce qu'elle a, paraît-il, 
annoncé à une jolie actrice sa fin dramatique au cours 
d'une croisière, lit l'avenir dans une bougie. On le lit 
dans ce qu'on peut, et la cire qui dégoutte d'une bougie est 
une sorte de livre moins répugnant et pas plus ridicule après 
tout que les entrailles des victimes sacrées des autels de jadis. 

Le malheur c'est que l'un et l'autre ne sont que de bien 
pauvres romans-feuilletons. C'est en voulant en donner la preuve que deux 
amies de ma connaissance faillirent se brouiller. L'une était crédule, l'autre 
sceptique et voulait persuader la première. Elle l'emmena donc chez une 
prophétesse célèbre, demanda à cette voyante son avis sur une aifaire qui 
n'existait pas, la laissa se tromper grossièrement, et, quand la porte se 




fût refermée sur cette 
tourna d'un air triom 
croyait désabusée. Elle 
visage affligé dont elle 
regard à la fois furieux 
Elle venait de sentir 
l'humanité a du mer 
absolu du bienfaisant 
prendre de même que 
ce n'est que pour aider 




séance grotesque, se 
phant vers celle qu'elle 
ne rencontra qu'un 
allait rire, quand un 
et désolé l'arrêta net. 
tout à coup l'amour que 
veiîleux et son besoin 
mensonge, et com- 
si Dieu a créé le Mirage 
à traverser le Désert. 

SYLVIAC. 



176 




Costume de Cliasse 



Gazette du Bon Genre. — N° 6 



Juillet 1920. — PI. 43 




MPOSSIBLE HALLALI 

Promenond-nouj <iouâ le<s grande 

boié... — La chatte accourt; — elle 
Càl paààée 

(La Tentative Amoureuse.) 

IA saison propose, et chacun l'interprète à sa guise. Pour 
-/ moi, qui n'ai point d'imagination, l'automne dans la 
forêt ne suggère que lui-même, ses habitants farouches, ses 
senteurs pluvieuses, et le chasseur que je deviens alors, avec 
ses vieux habits de velours à côtes et sa pipe familière. 

La chasse, méditation à travers champs, exercice patient 
des instincts retrouvés, robuste solitude... 

Or ce matin, tandis que j'emplissais des cartouches, mon . ' 

fidèle Barnabe vint me trouver, l'air un peu scandalisé. 

— Y a du drôle de monde qu'est lâché à travers le bois * 
des Goupils, déclara- t-il. 

— Quelle sorte de monde, Barnabe? 

— D'aucune sorte. Comme qui dirait des masques. J'y 



177 




ons point regardé de près, rappo; 
chez nous. Alors j'ai laissé cour' 
s est répandu sous bois, sans m' 
avait une fille parmi eux. J'ons er 
ça vous amusait d'y aller voir... 
peut le dire, accoutrés... 

— C'est bon, Barnabe. J'â 

Et puis, naturellement, deux! 
un fusil au bras par contenance, I 
servais... J'observais des choses 
d'appels et de cris drôles. Les £ 
c'étaient déjeunes chasseresses, bi 
enjambaient souches et ronces a.\ 

La saison propose, et l'art di 

On leur avait donné pour a 
texte à leurs jeux, la poursuite « 
fallu davantage pour déchaîner 
improvisations, que les divinité 
demeuraient, à coup sûr, éberlué 

Aline, la douce Aline, port» 
des revers amarante, et un imme 
jambes enfermées dans de haute,- 

Est-ce Gallienne la plus co 
chausses en sa dignité — et aus 
séries, et leur col dentelé. 

Pour Luce, je sais qu'elle pi 
blanches, et les molletières de ( 

Mais Clairette — je ne sa 

au ruisseau caillouteux, et je maud 

est cachée au défaut de la berg 

Je laisse la troupe s'éloigne 





e bois des Goupils, c'est pas de 
iez dit des écoliers en fête. Ça 
en jacassant. Et pour moi... y 
mi appelait "Aline !" Si des fois 
i sont accoutrés — oui, ça on 

bats à fouetter, 
rôdant vers le bois des Goupils, 
m d'aucun gibier de plume, j'ob- 
- tandis que la forêt retentissait 
vait cru voir mon vieux garde, 
ublées de vêtements mâles, et qui 
eur légère de faons adolescents. 

,ne, à ces entants. Et pour pré- 
iprobables... 11 n'en avait point 
nsie, et donner cours à telles 
de la rivière et du bocage en 

lin vert à basques lourdes, avec 
evé. Les mains aux poches, les 
e a l'air fragile et indomptable, 
(ici qu'elle a rétabli le haut-de- 
et des belles amazones de tapis- 

Pret, la redingote à minces raies 

aies. 

son costume, car elle se baigne 

qu'on appelle roseau. . . Clairette 
ne connais d'elle que son rire. 

:ux d'entre elles, se tenant par 









la taille, restent en arrière. Elles s'assoient sur l'herbe. 
Voici l'une qui s'explique avec soin, en fronçant le sourcil 
— et l'autre arrondit les lèvres pour mieux écouter. 

Elles sont si jolies, que je ne puis souhaiter le départ 
d'aucune d'elles, fût-ce pour demeurer seul avec l'autre. 

Il est question de quelque amoureux... 

— Tu connais son caractère, poursuit Aline. Si tu 
l'approches, il se tait brusquement. S'il te voit, il se cache. 

— Mais, dit Luce, comment faire alors ? 

— Va l'attaquer jusque chez lui. Là, tu t'y prendras 
doucement. Avec une longue paille flexible, tu le chatouil- 
leras jusqu'à ce qu'il sorte en colère. Tu boucheras alors le 
terrier avec une main et tu attraperas le grillon dans l'autre. 
Ne t'inquiète pas s'il gratte — mets-le sous ton chapeau, 
ainsi ai-je vu faire à papa. Une fois dans ton jardin, le 
grillon chantera pour toi. 

A ce moment, un gros oiseau fit : Coucou. 
Luce et Aline se regardèrent en riant, 
puis se levèrent, défripèrent 
leurs basques et rejoignirent 
la chasse. 

Maintenant je suis sûr 
qu'elles savaientmaprésence. 
La saison propose, mais 
les jeunes filles n'osent. 

P. L. 




7? w 4y 





E soir-là il pleuvait sur les pelouses parfaitement vertes. Un 
brouillard, semblable à la fumée d'une cigarette blonde, mon- 
tait de la rivière jusqu'aux fenêtres du château. Les fleurs 
envoyaient des odeurs lourdes à nos grands fauteuils, des odeurs 
qui insistaient pour se mêler à celles des liqueurs fortes 
servies avec beaucoup de glace dans des verres fragiles et grands. La série 
23 e des invités pour la saison avait pris congé après l'heure du thé. La 
série 24 e ne devait arriver qu'après une journée d'entr'acte et le duc N... 
m'avait gracieusement demandé de passer avec lui, dans la demeure silen- 
cieuse, cette soirée de repos. Je levai les yeux vers le portrait du VI e duc 
N... peint par Reynolds, du VI e duc si frêle, si beau, si las de ses 








mnmSs solanSili^ 



vingt ans, qu'il semblait porter comme un travesti l'habit de 
velours bleu pâle aux boutons d'améthyste violents et le gilet 
de satin blançhrodé de bleu et de violet, l'un dans l'autre passés. 
Je dis à mon hôte : Ne pensez-vous pas que cette soirée 
soit parfaitement convenable pour me donner des notions sur la 
pairie et l'héraldique ? 

— Oui, c'est convenable. Mais je vous demande la per- 
mission de faire éteindre les lumières, afin que ce portrait 
n'aperçoive ni mon sourire en parlant des sujets les plus dignes, 
ni votre ennui en écoutant. 

Un valet de pied, haut comme un mat, respectueux et 
insolent, parut' en grande livrée d'été qui est de toile blanche, 
l'habit à la française orné de boutons d'argent sans armoiries, 
la culotte de satin blanc, les bas de soie blancs et les souliers 
vernis blancs à boucles d'argent. Quand il eût éteint le grand 
lustre de cristal et les lampes aux voiles variés, la pièce parut 
immense et profonde dans la lumière vivante du candélabre à 
six bougies de cire que je n'avais pas aperçu mais qui n'avait 
pas cessé d'être allumé sur la table du fond, où il éclairait les 
photographies de la famille proche. 

— La noblesse anglaise, je veux dire la pairie, est la 
dernière qui soit sérieuse en Europe, je veux dire qui ait des 
droits, des lois, des privilèges et qui soit enfermée dans des 
barrières, avec beaucoup de portes ouvertes pour l'entrée. 
Elle est dominée par le Roi, qui en est le gardien plus que le 
chef. Vous savez que Sa Majesté a daigné bouleverser sa 
propre maison à la suite d'une guerre que nous avons soutenue 
en 1914- Une décision royale de Juin 1917 a supprimé les noms, 
les titres et le sang allemands de sa famille. Les noms de Saxe- 
Cobourg et Gotha ont disparu et ont été remplacés le 16 Juillet 






-SÇFGNg-LK 



par le nom de Windsor. Tous les titres allemands ont été 
effacés, ce qui a rajeuni les vieillards etréjoui les jeunes hommes. 
S. M. a gardé les armes du Royaume qui sont : " écar- 
telé en 1 et 4 de gueule*, a trou léopard* d'or, l'un dur l'autre, armé* 
lampa**és d'azur, qui est d'Angleterre ; en 2, d'or au lion de 
gueule* enfermé dan* un double tre*cheur, fleurdeliàé du même, qui 
est d'Ecosse ; en j, d'azur a la harpe d'or, cordée d'argent, qui 
est d'Irlande". 

Nos anciens rois ont porté d'autres armes. C'est ainsi 
qu'Edouard III écartelait d'Angleterre et de France. Plusieurs 
de ses successeurs l'imitèrent et affirmèrent leurs prétentions 
sur le royaume dont Paris est la capitale. Ce souvenir n'est 
pas plus pénible pour vous que celui de Jeanne d'Arc pour 
nous. Cela est même bon à dire ; car cela prouve que les fleurs 
de lis sont le symbole de la France quel que soit son régime 
et non la propriété de la famille Bourbon. Edouard III n'aurait 
jamais pris "l'azur aux jTeur* de II* d'or" si ces armes avaient 
appartenu à une famille. Ils les prit parce qu'elles étaient le 
bien de la France, qu'il croyait avoir conquise. 

Mais laissons cela et passons à la pairie qui comprend 
les barons, vicomtes, comtes, marquis et ducs. 

Les barons partenure forment le premier ordre de noblesse 
introduit après la conquête normande. Ces premiers barons 
tenaient leur dignité de la terre d'après le principe féodal. 
Moyennant certains services pour la guerre, ils étaient maîtres- 
souverains chez eux. Ils étaient de droit membres du Parlement. 
Mais les baronnies par te mire sont défuntes et remplacées par les 
baronnies demandât. Ces baronnies sont des créations royales. La 
première remonte au règne d'Henri III. Le roi ne peut pas 
sortir une baronnie de la famille ; mais si le baron n'a que des 



QUKEHSBEHK^ 





héritières la baronnie reste suspendue jusqu'à ce que la volonté royale 
choisisse parmi les femmes. 

Le roi Richard II a inauguré la troisième forme de baronnie, la série 
des barons par lettres patentes, pour Jean Beauchamp. Depuis lors, le 
même système est adopté. , 

Les barons ont un manteau de velours cramoisi bordé de fourrure, le 
capuchon doublé de même et bordé de deux rangées d'hermine coupées de 
queues noires. 

Les dames ont le même manteau, mais l'hermine a deux pouces de large 
sans mélange de noir et la traîne mesure trois pieds sur le sol. Cette lon- 
gueur de la traîne a une grande importance. Elle marque la différence entre 
les manteaux des pairesses selon le titre. 

Le second degré est celui de vicomte, qui est un titre depuis qu'Henri VI 
créa vicomte Jean, baron Beaumont. Cela se passait en 1440. Avant cette 
date le nom de vicomte appartenait au sheriff d'un comté. 

La dignité comtale est plus ancienne que la conquête normande. Elle 
représentait alors la possession d'un vrai royaume féodal. Cela est bien 
changé. Et certains comtes, créés par lettres patentes, portent le titre d'un 
modeste village. Ils sont si nombreux ! 

Les marquis avaient, chez nos ancêtres, le devoir de garder les marcher 
ou frontières du royaume. Henri VIII abolit leur autorité par une loi. 

Le premier marquisat anglais fut conféré par Richard II à Robert de 
Vére, marquis de Dublin. Sous Edouard VI ce titre devint à la mode et 
depuis lors il s'est multiplié. La Couronne traite un marquis de " très fidèle 
et très aimé cousin", comme un duc. 

Ce dernier titre est au sommet de l'échelle. Edouard III fit le premier 
duc en la personne de son fils aîné, le prince Noir, qui devint duc de 
Corn w ail, et plus tard prince de W ailes. Le second titre ducal fut conféré 
en i35i à Henri Plantagenet, fils du comte de Derby, créé duc de Lancaster. 
Tout duc porte les titres de : "Son Excellence et sa Grâce". La traîne du 
manteau de la duchesse est de deux mètres sur le sol, ce qui est très long 
et remue beaucoup de poussière. 

Je pourrais maintenant vous parler des pairs ecclésiastiques, des pairs 
écossais, de la haute noblesse irlandaise. Il faudrait aborder le chapitre des 
préséances sur lequel mon vénéré père a réuni 7948 pièces et volumes. Mais 
les bougies vont s'éteindre et j'entends dans le lointain de la campagne la 
rupture sonore et discordante des cordes d'argent qui ornent la harpe d'or 
d'Irlande. Allons lire les journaux, ce qui est moderne, et dormir, ce qui est 

étemeL Jean de BONNEFON. 




djersador d Xiispahal 

JERSADOR d'Idpahal... où cela est-il, et d'abord 
est-ce un homme, est-ce un lieu, et peut-on lui 
envoyer le bonjour comme au Pirée? Kadhavella... 
qu'est-ce que c'est ? Diazilla... l'aimez-vous ; où 
le placez-vous ; qu'en faites-vous ? 
— La belle attrape, et comme si toute une chacune ne 
savait pas que votre premier est un jersey imprimé, et votre 
second et votre troisième des velours de laine ! — Les beaux 
noms de baptême, en vérité, pour des étoffes, et la riche veine 
pour les romanciers à la mode : « La marquise, nature 




i85 



Divin'déà 
Assyrienne* 




essentiellement aristocratique et raffinée, 
ne se plaisait qu'au contact des djersadors 
les plus soyeux. Laissant errer voluptueuse- 
ment parmi les diazillas et les kashavellas 
les plus luxueux ses 
doigts chargés 
bagues... » 

Mais qu'est-ce 
ceci qui s'élève du 
désert comme une 
colonne de fu- 
mée (Sa- 
lomon, 
Cantique 
du Cantiques, m, vers. 6) : 
BurnoLUjcu de Djeb'det, idem 
2u GbéLiz, les Cafetans de 
Koutoubla... Ah ça! est-ce 
que toutes les caravanes 
du Sud vont arriver ici 
avec leur odeur de sable, 
de suint, de poil? 

Cbâlej de Saïb, Thibettine... Voici les Lamas, ran- 
gez-vous ! — « Certes, j'aime le grand Lama » — 
JDivuiUèé Ajjyriennej : les guerriers d'Assuérus et 
de Sennachérib même peints sur la robe d'Esther, et faisant 
le tour de celle dont la beauté était terrible comme une armée 
rangée en bataille. Charj de L'Hellade : sur votre jolie chemi- 
sette, madame, le char lui-même, et reproduit à la queue leu 
leu, dans lequel Cléobis et Biton transportèrent à la fête de 
Junon leur mère vénérable. Puis ils moururent subitement 




186 




Le /llagoL 



après cet exploit, don- 
nant l'exemple d'une 
destinée parfaitement 
enviable, tout entière 




consacrée à la vertu (Hérodote, Hutoirej, 
Livre I, 3i). 

Pour l'Egypte, attendez ! Berceau 
d'Isis, mère de toute science et de toute 
divinité, elle ne saurait avoir été oubliée : 
Hiéroglyphes... Vêtues du tissu portant ce 
nom, je vous vois, petites odalisques 
(pardon : obélisques) attendant chacune 
son Champollion particulier. Mais traver- 
sons la mer Rouge, voulez-vous ? 

Attention, il y a un pas ! A gauche, 
le Sinaï et son tonnerre ; à droite, par là- 
bas, Mossoul et ses pétroles... Suivez le 
guide. Nous arrivons... L'Arabie: l'Heu- 
reuse et la Pétrée, les touftes de lauriers- 
roses, les caravanes et les villes, tous les 



187 




parfums de l'Asie en fleur... Tout cela 
dans Kcuhemyrina, point géographique 
omis sur les cartes, mais figurant parfai- 
tement sur les référencer de Rodier. 

Grâces lui soient rendues, parce que 
ses belles clientes portent dans leurs 
toilettes des étofîes dont les noms sont à 
coucher dehors, ce qu'à Dieu ne plaise, 
étant donné des personnes si charmantes. 
Qu'elles sachent du moins une porte où 
heurter dans un cas pareil. . . 

... AgneLLa, (tissu d'une habile contex- 
ture et nouvelle, et tout semblable à la 
douce toison Irisée des agneaux); Panécla 
(soie végétale) Pellidda, Drapella... Telles sont les litanies 
nouvelles dont retentissent nos 
modernes temples : les salons des 
grands couturiers 
— et qu'en répètent 
les belles prêtresses : 
mannequins et 
vendeuses, pre- 
mières et secondes 
comme les côte- 
lettes. 

Célio. j 




Agnella 




VelidM 




GROS TEMPS 

Costume peur le yacJa.ésia.£ 



GazeLle 



-N° 6 



Juillet 1920. — FI. 42 




LE DIVAN DE VERONIQUE 

JE ne puis mieux vous définir Véronique qu'en vous 
révélant que, près d'un bocal où nagent des monstres 
chinois, elle vit étendue sur un divan entre une traduction 
de Ruysbroeck l'Admirable et des poèmes sibyllins de 
iVL Jean Cocteau. De fait, Véronique ne comprend à l'hermé- 
tisme du poète cubiste non plus qu'au mysticisme du chanoine 
flamand, davantage qu'à l'ensemble désordonné — pourpre, 
citron et turquoise morte — qu'elle doit à la fantaisie de 
son décorateur. Mais Véronique 
est faite pour les contrastes et, res- 
pectant d'instinct ce pour quoi Dieu 
l'élut, réalise dans ses choix des 
antinomies ridicules et délicieuses. 
Ce jour-là, Véronique avait 
placé parmi ses coussins une négresse 
de velours aux cheveux de laine; aune . 




109 




— Qu'en dites-vous ? fit-elle. 
De vrai je n'avais rien à dire et demeurais 

dans une " stupeur opaque. " 

— C'est que j'attends mon poète, expli- 
qua- t-elle. 

A quoi je reconnus que le dit 

poète, amateur d'art nègre, était 

dada. Véronique poursuivait : 

— J ai une poupée pour chacun de 

mes jours et de mes amis. Voulez-vous 

les voir ? 

Et, sans attendre ma réponse, elle 
alla chercher ces demoiselles. Je vis une 
Espagnole en orange et vert, dont les yeux 
étaient deux boutons de bottine. 
— Est- elle 



drôle? fit Véro 
nique ; c'es 
pour le mard 
quand j'offre le thé à mon A] 
gentin. Et celle-ci, ra- 
vissante, n'est-ce pas? 
Véronique m'of- 
frait au bout de son 
poing tendu un affreux 
bébé de coton rose 
dont la robe trop 
courte se levait sur 
un nombril provocant. 
— C'est la pré- 
férée de Georges. 




190 



Georges est un bon gros qui adore les 

enfants. La ballerine que vous voyez là- 
bas est la poupée du jeudi. Ce jour-là, 

mon ami de l'Institut ne manque jamais 

de venir me faire deux doigts de cour. 
... Et soudain j'admirai 

Véronique. Je l'admirai 

parce qu'elle avait compris 

qu'elle n'existait pas par elle- 
même. Véronique 
ne vaut qu'en 
fonction de son 
cadre et aussi 
des cinquante à 
soixante louis de 
ses robes. On ne 
se la représente 
qu'habillée et 

parmi ses coussins sur ce divan qu'elle anime le 
mieux qu'elle peut. Et si l'on pousse l'audace 
— et la difficulté — jusqu'à l'imaginer dans ses 
draps augmentés de milans coûteux, Véronique 
n'est pas Véronique simple et nue, mais « Véro- 
nique en déshabillé de chez Machin. » 

Cependant Véronique avait terminé sa revue. 
Je revins à elle et à ses poupées : — Je n'en vois 
que six, remarquai-je. 

Véronique m'expliqua : — Ma porte est consi- 
gnée le dimanche. Car Véronique, s'étant efforcée 
toute la semaine de mettre un peu de ciel sur la terre, se 
repose le septième jour. Louis-Léon Martin. 










AVENEMENT DES 

AMAZONES 

ET hiver, je ne sortirai plus qu'armée. 

— Crains-tu si fort les attaques brusquées ? 

— JMon ennemi, tu le connais... 

— Je brûle de savoir. 

— Ne brûle pas : mon ennemi, c'est le 
froid. J'ai si peur des grands froids. 

— Comme disait notre brave Aïélisande. 

— Tu sais que l'hiver me tue. Sitôt que pâlit le soleil, je 
m'enroule comme une couleuvre autour des radiateurs ; je me 
réfugie sous la cheminée, ou bien, recroquevillée dans le rayon 
du foyer électrique, je déclare n'en plus bouger. L'idée de 
sortir m'épouvante. 

Mais songe, songe, mon ami, à cet amant que je déteste, 
au vent qui s'engouffre dans ma robe, pénètre entre les 
mailles de mes bas, rampe au long de mes bras et rend ma 



192 



peau semblable aux vitrages où le givre 
dessine ses végétations mortes. 

— N'accuse que les folies de vos 
modes. 

— Les folies ! Les folies sont celles 
que vous nous faites faire. Cet hiver, mon 
ami, plus courtes que jamais seront les 
manches, et même il n'y en aura plus du 

tout. La cape 






orgueilleuse et 
vaine me dra- 
pera sans me 
protéger. Et 
l'on parle de 
certains bas tis- 
sés en fils de la 
vierge ... J ' en 
grelotte. 

— Les grelots de la folie... 

— Patience... N'es-tu pas 
encore fait à nos contradictions 
géniales? Je sais l'art d'accom- 
moder les contraires et de faire 
vivre le s paradoxe s. Prends exemple, 

petit logicien en faux-col. Le 
froid, comme toi, a cessé de 
me faire peur. Je le brave, au- 
jourd'hui : je suis armée. Nei- 
ges, tombez; 
u!09 fontaines, 
^V V aiguisez vos 



193 





stalactites ; ouragan, poi- 
gnarde-nous dans le dos ; 
verglas, prépare tes em- 
bûches ; onglée, solidifie 
les chairs ! Hiver, ennemi héré- 
ditaire, qui déclares l'immobili- 
sation générale et pars en guerre 
contre la vie, tes menaces me font 
rire! Je suis armée, te dis-je. Et 
voici mon équipement : d'abord, 
j'aurai des bottes jusqu'ici (elle 
souleva assez haut sa robe, qui 
pourtant était fort courte) et 
j'aurai des gants jusque-là (elle 
releva ses manches, qui cepen- 
dant effleuraient à peine le tiers 
de son avant-bras). 

— Hélas ! J'avais ouï dire 
que le cuir était rare et 
cher. 

— Petit logicien en 

/ faux-col, le bel argu- 

/ ment que voilà ! Vous 

I a-t-il empêchés, durant 

cinq années, de porter, 

aux frais de la princesse, 

force bottes, leggings, 

moufles, ceintures, et ces 

inutiles courroies qui 

vous ficelaient en tous 

sens ? A notre tour, 



194 



mes 



maintenant ! Nous sommes 
les guerrières du temps de 
paix. 

— Vos victoires m'in- 
quiètent! J'étais fidèle à 
souvenirs. Et j'ai peine, jel' avoue, 
à te réaliser en amazone. Encore 
si tu brûlais de conquérir la 
montagne, de galoper jusqu'au 
bout de la plaine, ou de vider les 
bois de sangliers imaginaires... 
Mais Diane n'est point ta pa- 
tronne. L'habit ne 'fait pas le 
moine; crois-tu que ces bottes 
terribles t'inculqueront du coup 
l'amour des grandes randonnées ? 
A peine risques-tu centpas avenue 
du Bois-de-Boulogne que déjà... 

— Quand j'aurai 
ces bottes en peau de 
mouton retournée, en 
daim, en castor ou en 
antilope — et fourrées, 
mon cher — j'irai jus- 
qu'au bout du monde. 

— Jusqu'aux forti- 
fications ? 

— Vêtue comme 
un véritable cow-boy, 
je me sentirai tous les 
courages. On m'a dit 




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195 




que certains d'entre eux, afin que 
l'harmonie soit parfaite entre l'homme et sa 
monture, découpaient la peau qui couvrait 
les pattes d'un cheval et s'en faisaient des 
bottes et des gants. Ces bottes s'assoupliront 
à ma souplesse ; le daim aura toutes les dou- 
ceurs, le chevreau toutes les finesses, l'her- 
m i n e 
glissera 
le long 
de mes 
bras et 
e singe 
voltige- 
ra sur l'antilope 



— Seigneur, quelle 
ménagerie ! Voici 
que tu m'entraînes 
vers les steppes ou 
dans les profondeurs 
des forêts vierges. T'y suivrai-je, 
chère imaginaire... « L'hermine 
glissera le long de mes bras, le 
singe voltigera sur l'antilope... » 
Mais elle ne l'écoute plus, 
et sortant d'une boîte deux ser- 
pents noirs comme des 
tunnels elle y engouffre 
ses bras rieurs. 

Mayotte. 




196 




Av.E.r^AB.Tf- 



** 



LA SOUBRETTE ANNAMITE 

Lolbe du soir de Dœuillet, garnie de ruha 




ON T'ATTEND! 

jR.obe a organdi et manteau déniant, rie Jeanne iLanvin 



iV° 6 ûe la Gazette 



juillet 1920. — PL 44 





i_ : — _^_ 



VOICI L'ORAGE! 

jR.obe daprès-miai, ae Paul Poirei 



A r ° 6 de la Gazette 



Juillet iQ2o. — PL jî 




E VAS-TU FAIRE 

voce au soir, ae VV or th. 




APPELEZ URBAIN DE L'AVENUE DU BOIS 

Manteau au soir, de Béer 



N° 6 de la Gazette 



Juillet 1920. — PL. 4j 



Un Otudio 



>om ûe jl eu 
une Lnamore à Loucner 
et une v^liamore a Jtnlants 



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Gazette du Bon Genre, N° 6. — Juillet 1920. — Croquiô de XXIX a XXXII 




JfëedeûuLcaette 



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juilùiJ 7û2û.JbzociuùfD&2p 




N 

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§ 
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8 

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£ 







EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. 40. — Robe du soir en charmeuse bien de nuit, voilée de tuile roéc ptissé. 

PL 41. — Costume pour La chasse. Il est compote d'une redingote à colleta superposés et 
d'une courte jupe en " burnoussa ". La cravate eôt en piqué blanc; les bottes en veau naturel. 



PI. 42- — Pour le yachting, un costume en toile cirée citron, copié sur celui des hommes 
de mer : même veste et même pantalon Larges et rigide* ; même chapeau et mémo bottes. 

PI. 43. — Voici, de Dœuillet, une robe du soir en pailletteà claires et foncéeà formant deà 
Losanges de deux tonâ alternée, La ceinture ed un ruban broché lamé prune et argent. 



PI. 44* — La robe de la jeune fille ed en organdi lavande et eàt garnie de roses effeuil- 
lées aux pétaleà d'organdi. La grande capeline, pareillement en organdi lavande, ed ornée 
d'une rose. Le manteau d'enfant est en duvetine verte avec un petit col de skungs. L'une et 
l'autre ôont deà modèleà de Jeanne Lanvin. 

PI. 45. — De Paul Poiret, une robe d'après-midi en organdi plissé blanc, voilée de foulard 
imprimé. 

PI. 46. — Celte robe du àoir, de Worlh, ed un grand drapé en lamé broché roàe. Un motif 
de broderie trèà àimple a La ceinture. 

* 

PI. 47. — Grand manteau du àoir, de Béer, en brocart bleu et or. L'empiècement eàt en 
velourà bleu ; le col et leà garnitures en vison. 

Croquis de xxix à xxxn. — Quelques meubles de Francis Jourdain. — Croquis xxix. 
Un studio. — Croquis xxx. Un coin de feu. — Croquis xxxi. Une chambre a coucher. — 
Croquis xxxu. Une chambre d'enfant. 

^^^^^^^ ^^* A? %^^^^^^ A? A? **?*** ************* 

Imp. Studium. Marcel Rottembourg, Gérant.